Luchon Aneto Trail Ravi’sente – 15km +650m

Une entorse à la course

C’est le mardi après le Tourn de la cascade d’Ars que nous nous inscrivons, l’irréductible Pauline et moi, à la Ravi’Sente du Luchon Aneto Trail, course de 15km avec 650m de dénivelé. Le profil semble assez roulant avec quelques côtes, raidillons et descentes sympas (cf. Trace de trail). J’étais vexée comme un pou de ma piètre prestation au Tourn. Je m’enquerrais alors d’un programme d’entraînement pour trail court sur Internet, à base de fractionnés, fartleks et autres séances seuil et de côte sur six semaines. Je le suivis à une lettre près, l’avant-dernière semaine de travail et d’entraînement caniculaire m’empêchant de réaliser ma dernière sortie longue.

ravisente

J’abordais l’épreuve relativement en cannes. La veille de la course, nous étions venus avec le team Limbréts récupérer nos dossards afin de dormir un peu plus le lendemain matin (2h de route aller-retour pour une demie heure de sommeil en plus, cherchez l’erreur…). Dimanche matin, le ciel est couvert et il fait assez frais : dommage pour la vue, mais super température pour courir. Nous nous habillons à la voiture, par curiosité j’enfile mon cardio-fréquencemètre, puis nous rejoignons le village du trail à quelques centaines de mètres. Nous découvrons les toilettes sèches de l’organisation : surprenantes, mais bonne idée ! Nous ne les réutiliserons pas l’après-midi en plein cagnard et ne pouvons pas témoigner de leur efficacité. Nous nous « badgeons » et partons trottiner dans le parc attenant aux thermes.

Vient le rassemblement dans le SAS de départ. Les organisateurs insistent pour que les féminines partent devant. En bonnes Commingeoises, Pauline, Audrey et moi restons derrière, c’est devenu une habitude. Guillaume et Fabien viennent avec nous. Une chanson d’AC/DC retentit : 60 secondes avant le départ. 5, 4, 3, 2, 1… Let’s go ! Nous courons tranquillement sur les allées d’Etigny : les 500 derniers mètres de plat ! Fabien et Guillaume s’éloignent, nous restons groupir entre filles. Nous arrivons vite à la première difficulté : nous entrons dans la forêt par une côte longue d’1,5km avec 200m de dénivelé. Le gros du troupeau se met à marcher. Au bout de 200m, une participante hurle, on se retourne, elle ne s’est pas blessée mais n’a pas l’air d’apprécier la montée. Nous doublons une trentaine de concurrents. Puis Pauline se détache, et je me détache moi-même d’Audrey qui s’est arrêtée. Les mollets, pas assez chauds, sont surpris et tiraillent mais rien de méchant, je garde le même rythme tout le long.

Après le sommet, je me trouve dans un groupe d’une dizaine de coureurs à la queue-leu-leu qui descendent à un rythme convenable sur le sentier. L’ambiance est bon enfant, nous sommes tous là pour nous faire plaisir (et moi un peu pour me tester). Il y a quelques marches descendantes qui cassent le rythme, deux ou trois traileuses devant n’osent pas courir dans ces passages. Je râle intérieurement, si j’étais seule j’irais plus vite mais je ne peux pas doubler. Je m’étais déjà dit qu’il ne fallait pas partir dans les tout derniers pour éviter ce genre de désagrément, mais mon instinct grégaire m’a retenue près de mes copains au départ. Je regrette à ce moment-là même si je ne m’appelle pas Kilian (ni Jérôme, la machine locale de l’étape). Je parviens à doubler au bout de quelques minutes. Pour la première fois, je fais office de lièvre du groupe : c’est moi qui impose le rythme, et ça me plaît bien.

Après un peu plus d’1km de descente, nous passons dans une zone vallonnée de presque 3,5km : ça monte et ça descend gentiment, juste de quoi couper les jambes, mais j’ai la pêche. Un coureur derrière moi souffle comme un bœuf mais j’ai l’impression qu’il se rapproche. Je lui demande s’il veut passer, il ne dit pas non. Je mets mon cligno à gauche sur une zone un peu moins stabilisée, je ne sais pas où il est, mais qu’est-ce qu’il fabrique, je tourne la tête… Et paf ! La cheville droite se tord à l’équerre en craquant. La douleur est très vive. Je n’y crois pas, je suis assommée ! Les coureurs que je « menais » me doublent. Seul un monsieur ralentira et me demandera comment ça va (on n’est pas censé porter assistance aux blessés sur un trail ??). Je marche sur quelques dizaines de mètres, je lui emboîte finalement le pas en trottinant. Ça pique grave, mais je ne peux pas me résoudre à l’abandon : je suis presque chez moi et je me suis entraînée pour cette date. J’en ai assez d’avoir la maffre ! Nous sommes au 4ème kilomètre environ, il en reste au moins 10. Je serre les dents : je vais les rentrer ! Heureusement, nous sommes toujours dans une zone très roulante et pas trop traumatisante pour les articulations. Ça doit le faire donc ça va le faire. Je rattrape le groupe, je redouble tout le monde dans un passage large. Nous longeons la route en contre-bas, les quelques voitures nous klaxonnent. Des bénévoles ou des locaux nous encouragent avec des cloches. Sympa !« Ça donne envie d’accélérer ! » Dont acte. Le gentil monsieur m’accompagne, il me laisse passer devant. Nous courons parfois dans la boue, je ralentis à chaque « piège », j’ai très peur de glisser et d’y laisser définitivement la cheville. Mise à part la douleur, je me sens bien sur le plan cardio-respi.

Après le faux-plat montant d’1,5km, nous arrivons au ravitaillement liquide : un verre de Coca, un verre d’eau gazeuse, c’est reparti pour la deuxième côte ! D+180m sur 1,5km. J’alterne course et marche. Je me fixe des « coureurs qui marchent » à doubler. Petit objectif par petit objectif… La cheville me fiche la paix en côte. Je finis cette zone avec un vétéran 4 qui marche plus vite que je ne galope et qui m’explique qu’il se fatigue moins comme cela. Certes ! Mais si je marche derrière lui, il me met 100m dans la vue en trois secondes ! Comme la forme est là, je trottine à ses côtés.

Arrive la partie que je redoutais depuis mon petit accident : la deuxième descente… -370m sur 2km, sur un sentier monotrace. Je rejoins un groupe qui conserve une bonne allure. Je fais très attention, ça tiraille parfois mais je n’ai pas envie de lâcher. Pour corser le tout, la majeure partie de la descente se fait avec la cheville droite dans le dévers. Je suis en train de me transformer en Dahu ! Il y a des tapis de feuilles éparses, c’est « piégeux », mais heureusement il n’y a pas de caillou dessous. Je m’octroie même le privilège de doubler quelques personnes !

Dernières réjouissances : la troisième côte de +150m sur 1.3km. Ça se passe à nouveau bien, je retrouve et dépasse le gentil monsieur. Certains marchent sur les faux-plats, je me permets de courir. La descente sur Luchon (-210m sur 1.6km) se fera dans la lancée. Je double encore quelques personnes, je ne lâcherai rien. Il y a quelques pierres plates entassées et instables sur lesquelles je ralentis et où deux coureurs fileront comme des balles, mais qui dit instabilité du sol dit instabilité de la cheville… Et je la sens fragile étonnamment ! Je m’accorde le luxe du « sprint » (oui, bon, j’accélère un peu quoi…) depuis le jardin des thermes jusqu’à l’arcade I-Run de départ/arrivée : trop bon !

Je finis en 1h58 à la 225ème place au général sur 300 partants et 55ème féminine sur 109. Nous sommes 36 coureurs entre 1h55 et 2h. Parcours très roulant, tout en sous-bois, pas très montagnard mais pour le coup, ça m’allait parfaitement ! Compte-tenu de l’aléa du 4ème kilomètre, je suis satisfaite de ma course, équilibrée tant au niveau musculaire, cardiaque et ventilatoire que dans la gestion de mon hydrataton. Je suis aussi contente de ma réaction après la torsion de cheville. Sans la douleur, j’aurais très probablement pu davantage dérouler ma foulée et « accrocher » Pauline en 1h50. Mais avec des si…

Je rejoins Fabien (1h39), Pauline (1h51) et Guillaume (1h57), nous refaisons la course quelques instants. Audrey arrive en 2h01. Check check check ! Le team Limbréts voit le jour. Je tente de m’étirer : la cheville me fait horriblement mal, est œdématiée et je n’ai quasiment plus d’appui. Direction le poste de secours où on me glace et où la médecin me conseille de passer une radio à St-Gaudens car elle suspecte un arrachement osseux en sus de l’entorse déjà confirmée. Nous prenons tout de même le temps de nous doucher (au premier étage des thermes via un escalier en colimaçon : je constate le quotidien de toutes les personnes à mobilité réduite : chapeau messieurs-dames !). Puis bain de glace (jusqu’aux genoux !) dans les poubelles prévues à cet effet, suivi de sa séance de massage par les kinés et étudiants bénévoles de l’IFMK de Toulouse et les libéraux de Luchon. Récup’ au top !

Nous mangeons dans un resto sur les allées, entendons l’arrivée du 73km avec Jérôme Fournier en 9h07 : machine ! Et c’est parti direction les urgences de St-Go ! Je laisse partir mes compagnons d’effort qui feront une rando au Vignemale le lendemain et surlendemain (!). Après deux heures d’attente, je sors avec le soulagement que ce ne soit qu’une belle entorse de la malléole externe avec kiné et AINS au programme, accompagnée de mes nouvelles copines Béquille et Attelle ! Plus de sport pendant au moins trois semaines. Mais plus de peur que de mal, et une belle journée au demeurant !

Publicités

Un commentaire Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s