Trail du Cagire – 37km +2250m

Un pic et des hommes

rappel FB cagire

Ah ! le Cagire ! Retrouver sa silhouette le vendredi soir me donne le sourire et m’en éloigner m’arracherait une larme le dimanche après-midi. Plus qu’un baromètre, l’emblème du Comminges. Une douce madeleine de Proust… L’an passé, je n’avais pas pu participer au trail court de 17km organisé par les Galopins (cf. mon compte-rendu sur le Tourn de la Cascade d’Ars), et l’effort consenti sur 35km me paraissait presque inconcevable. Et pourtant…

Pourtant, un an après mes tout débuts au Mourtis, la date du trail du Cagire fut rapidement cochée sur le calendrier. Je devais d’abord me contenter des 17km, puis l’analyse des deux parcours a ouvert une brèche dans mon esprit : et si… ? Le ticket fut validé après le trail du Tucou Monné Bedat (25km, D+/-1500m). J’ai pu réaliser trois randos-courses sympas dans le courant du mois de mai, dont deux au Cagire. Une depuis le col de Menté avec Pauline, l’autre en suivant le nouveau tracé du trail depuis le col de Buret. Cette dernière, deux semaines avant la course, laissera des traces. En effet, il fait plus de 25°C ce samedi-là, je pars avec un petit litre d’eau à la poudre de perlimpimpin, et quatre rondelles de saucisson pour 23km et 1550m de D+/-. Je finis en errant comme une âme en peine et mets plus de temps que prévu pour récupérer. Les quinze derniers jours avant la course sont donc vraiment « lights », de peur de me cramer. En parallèle, les copains Riders organisent les 30 ans de l’ami Vivien, réunion d’alcooliques notoires qui nous servira finalement d’exutoire. Souci : cet anniversaire se fêtera la veille et l’avant-veille du trail. J’ai donc testé pour vous la bonne cuitasse les bananas à 36h d’un trail en montagne !

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J’ai de petits yeux ce dimanche matin du 5 juin lorsque je me dévisage dans le miroir de la salle de bain. La dette de sommeil se fait sentir. Je vais vraiment en baver (ou l’autre) des ronds de chapeau… Il fait tout gris lorsque j’arrive au stade d’Aspet, il bruine à peine, mais il fait environ 15°C. J’aime autant ce temps que la canicule pour courir. Je me gare dans la côte de l’ASEI que je connais bien, ma mère y ayant réalisé sa carrière d’orthophoniste. Premier pincement au cœur. Pauline est inscrite sur le 17km mais m’a rejointe pour m’encourager au départ. Nous retrouvons Xavier qui n’a pas beaucoup dormi non plus, puis Baptiste alias « Momo » qui a aussi pris la décision de partir sur le long. « Ça va bien se passer… » « Je sais pas mais en tout cas ça va se passer ! » J’entends le mec au micro qui s’excite un peu. Dernier pipi, c’est important… Ah ! Trop de monde aux WC ? Bon bé ce sera dans les douches ! Ça va, ça aura le temps de sécher avant le prochain match de foot… Le speaker nous rassemble sous l’arche du départ. Photo pour la « presse » avec Kévin, un autre Limbrét, qui lui prépare le 80km du GRP. On nous promet le soleil au sommet. Barrières horaires à 12h30 à Larreix et à 14h à Buret, aux deux ravitos « solides » du retour. Bon, c’est posé. Je me place tout derrière, lucide. Le pistolet retentit : c’est parti !

Nous nous élançons pour le sempiternel (et un peu inutile) tour de terrain : « Hé, ça va être long 35km autour d’un stade ! » Puis nous nous enfonçons rapidement dans les bois. Premier goulot d’étranglement, premier ralentissement. Nous marchons/trottinons dans la côtelette. Second goulot : nous nous arrêtons net cette fois. J’en profite pour sortir les bâtons. Au bout de vingt minutes de course, je suis déjà en nage, le palpitant à 10,000. Nous montons au pré de Gèles puis au Col du Lac (5,5km, 760m d’altitude) et nous redescendons tranquillement. Je suis dans les cinq derniers. Peu importe. Un coureur avec des manchettes « Grand Raid des Pyrénées » est juste devant moi en train de regarder son téléphone : mais qu’est-ce qu’il fait là lui ? Il me demande si ça va. « J’ai du mal à dégripper la machine. » « Oui, c’est dur, mais attention, à la fin, ce sera encore plus dur. » J’évacue l’alcool ingurgité le vendredi soir, mais ça, il ne s’en doute pas. Il devrait y avoir une mention spéciale, un classement à part pour les amateurs de sport d’endurance sans aucun mental devant une bonne bringue… Bref, nous nous suivons jusqu’au col de Buret, premier ravito solide (8è km, 600m). Je pointe à 9h15 environ, quinze minutes de plus que prévu ! Bon, on ne va pas s’affoler. Je mange deux bouts de bananes, un verre d’eau gazeuse, un verre de Coca, et feu !

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Nous traversons la route pour reprendre un sentier sur la gauche de la piste forestière menant à la Couage. Un monsieur agite une lourde cloche pour nous encourager : cool ! La montée est régulière (+400m sur 2km), plutôt agréable, mais j’ai horriblement chaud. L’humidité me casse un peu les pattes. Je bois beaucoup dans cette portion. Au croisement de Plaëde (10è km, 1010m), nous passons sous une barrière et amorçons la grimpette jusqu’à la cabane de Juzet (+260m sur 1,7km) dans les sous-bois. La boue est bien présente après l’orage de samedi soir. En voulant éviter une racine d’arbre, je pose le pied sur une autre, je m’emmêle les pinceaux, et bim ! je glisse et me coince l’ongle de l’index entre mes deux bâtons dans ma chute (improbable n’est-il pas?). La douleur au doigt aura le mérite de me faire oublier quelques instants la lenteur à laquelle je progresse dans cette forêt… Enfin, nous passons la tête hors de l’eau et apercevons trois bénévoles au ravito de la cabane (11,6km, 1370m). La brume est plutôt épaisse : « Quel beau pays, l’Ecosse ! » Ça les fait rire.

Quelques lacets plus loin, le soleil pointe quand même son nez, ainsi que la caillasse sur le chemin. Plus on monte et plus ça se corse. La mer de nuages est superbe. Sophie, membre des Galopins et serre-file avec son papa aujourd’hui, m’encourage quelques mètres plus bas. Je double deux ou trois messieurs qui souffrent, ils n’ont pas l’air d’avoir assez à boire. Du coup je m’hydrate encore davantage, le souvenir de cette côte en gérant mon eau m’a vaccinée. Nous traversons le passage le plus technique à mon sens : une sente peu tracée à flanc de montagne avec racines, pierres en escalier, boue, dévers… Je m’en sors péniblement. Même si j’avais reconnu ce passage, il ne me paraît pas plus facile. Juste derrière moi, le Gar et le Saillant légèrement voilés veillent.

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Photo datant de la rando-course du 21 mai

 

Nous montons maintenant « dré dans l’pentu » comme on dit dans la Yaute cousine, droit jusqu’à la croix du Cagire qui nous surplombe fièrement. Je pousse presque plus fort sur mes bâtons que sur mes cuissots. Je ne sais pas toujours quelle marche choisir pour poser la basket, toutes me semblent éprouvantes. Je laisse passer Monsieur D. qui me suit depuis un moment en attendant Madame qui n’arrive pas (« Allez Sylvie ! »). Je manque de perdre l’équilibre en arrière sur une marche. Vu la pente, ç’aurait fait moche… Arrivés à la croix, nous sommes applaudis par les bénévoles. Quelques pas de plus, et enfin, le sommet ! 14Ème kilomètre, 1912 mètres d’altitude ! Une banderole flotte : « Tous des héros ». Il suffit de s’en convaincre ! Un monsieur me lance : « Allez, c’est bien ce que vous faites ! » Et moi de lui rétorquer : « Faut pas croire, on est mieux là qu’en prison ! » Je descends par la sente avec un regard posé sur le Mourtis pas tout à fait dégagé et ai les yeux qui brillent en pensant à « Benoît », copain Mini Rider décédé trois semaines auparavant en rando de l’autre côté de la vallée.

croix cagire galopins
Photo : profil Facebook des Galopins, Michel Arnaud

 

Au col, je dis bonjour à un monsieur typé traileur sans dossard qui me regarde passer. Il descend par la sente, moi, je suis les rubalises pour gravir le Pique Poque (15è km, 1860m). La bosse est un supplice pour mon cœur, mes petits poumons et mes jambes ! Je commence à avoir l’œil sur ma montre. Je n’ai plus que vingt cinq minutes pour atteindre Larreix. J’emprunte le sentier rocheux et retombe sur le traileur sans dossard. Il m’interpelle : « Vous n’étiez pas là il y a quinze jours pour vous entraîner ? » Impossible de rester incognito ici… Je le suis en slalomant tant bien que mal sur et entre les cailloux. Nous discutons un peu, j’apprends qu’il était à Hautacam le week-end dernier sur le 42km. La descente est mauvaise. Il me prévient : « Il ne faut pas rester trop sur les talons sinon on a tendance à partir en arrière. » Aussitôt dit, aussitôt fait : j’ai glissé chef… Je quitte finalement mon pacer au col du Pas de l’Âne (15,8km, 1710m). Un tout jeune bénévole m’encourage : « Plus que dix minutes jusqu’à Larreix… enfin ça dépend à quelle allure vous courez ! » J’essaie alors de rythmer un peu la foulée, et, sur qui tombè-je ? Momo ! Il m’attend et me rassure quant à la barrière horaire. « Tu avances quand même ! » Je lui demande de filer par peur de le gêner puis nous nous rejoignons au refuge (16,5km, 1450m). Ouf ! Badgée six minutes avant la barrière ! Je prends un petit moment pour souffler, manger, me rafraîchir à la fontaine. Momo trace deux minutes avant moi. Je signe le T-shirt des bénévoles. Quelques coureurs se demandent si nous allons parvenir à temps à la seconde barrière à Buret. Nous avons 1h30 pour descendre dix kilomètres. Je pense que c’est faisable et les motive avant de décoller à mon tour.

La descente se déroule tranquillement : mon cardio baisse et je me sens mille fois mieux que lorsque j’ai reconnu le parcours l’autre jour ! Je double même trois concurrents légèrement fatigués… Peu après le col d’Aillos (19,5km, 1060m), j’entends des bruissements de foulées puis tout d’un coup un hurlement et une chute sourde dans les feuilles. Je me retourne, un des coureurs que j’avais doublé est à terre cinquante mètres plus haut. Il s’est tordu la cheville à l’équerre, l’articulation a craqué. Je lui demande s’il veut que je remonte prévenir les bénévoles postées au col. Il refuse, il va descendre en marchant. Il reste 400m de dénivelé négatif jusqu’à Buret, je suis assez perplexe. Mais il est accompagné d’un copain donc je continue ma descente. Le pauvre, je l’avais laissé tout à l’heure en plein « ennui gastrique ».

Je dépasse ensuite un jeune qui a sorti le frein à main « pour ne pas se mettre dans le rouge ». Je fais le lièvre un moment. Ma cheville vrille à son tour dans un endroit assez stable. Ouf ! Même pas mal. La boue se fait de plus en plus présente. Je distance peu à peu mon compère. Je bois un coup à Coué de Casse (22,6km, 700m). Je peine dans un pré plein de bosses. Mon compère me rejoint. Selon ma montre, nous devrions bientôt arriver à Buret. Sauf qu’il faut emprunter une piste tout en dévers descendant, argileuse, hyper glissante par endroits, où trois cents traileurs-marcassins ont déjà couru ! La belle affaire. Mon compagnon de descente m’avoue « C’est pas le grand plaisir, là. » Et je suis bien d’accord avec lui. Nous sommes bientôt poursuivis par Monsieur D., qui a l’air de galérer autant que nous. A une bifurcation, un bénévole nous prévient que nous sommes à 2km de Buret. Encore ?! Ma montre affiche sans vergogne 27,8km alors que le ravito est censé se trouver à 26,3. Il est 13h50, nos espoirs s’amenuisent. Nous faisons de notre mieux pour nous dépêtrer des passages boueux, mais nous arrivons à 14h03 ou 04 à la barrière horaire.

« Mauvaise nouvelle » nous accueille une concurrente. « C’est fini » nous assomme une bénévole, « Je vais devoir enlever vos dossards. » Mes compagnons d’infortune râlent : quoi ? Pour trois ou quatre minutes ? La bénévole invoque des raisons de sécurité, mais nous nous sentons assez gaillards pour finir ce parcours. Monsieur D. insiste, la barrière pourrait être reculée à cause des portions rendues particulièrement instables par l’orage du samedi soir. « C’est déjà fait » nous assène la bénévole. « Nous avons repoussé la barrière de dix minutes. » Questionnement intérieur général : la barrière devrait censément être à 14h10. « Oui, oui » continue-t-elle en voyant nos mines dubitatives, « A la base, c’était à 13h50, on l’a repoussée à 14h. » Première nouvelle, c’était affiché partout 14h, et on l’a tous entendu au briefing d’avant-course ! Pendant la discussion, je me ravitaille : fruits, eau gazeuse, Coca. Je remets mon dossard, dépitée. « Vous pouvez finir sans dossard, mais plus sous notre responsabilité. » D’autres concurrents arrivent au col, ils ne souhaitent pas continuer. La bénévole appelle l’orga pour redescendre ce petit monde.

Un peu abattu, notre groupe de trois repart sans dossard pour la montée au col de Payssas. Je mets mes écouteurs, et monte, monte, monte. Quand je m’arrête pour boire, le jeune homme n’est plus sur mes traces. A la première descente, je trottine. Je suis surprise par les serre-files. Je tombe peu après sur un monsieur croisé à Pique Poque, qui voulait déjà abandonner. Il se révèle être Commingeois comme moi, mais lui est finisher de plusieurs ultras dont le GRP160. Nous terminerons ensemble, entre marche et petit trot, à parler courses, entraînement, mais surtout à relativiser notre contre-performance du jour. Nous nous quittons au stade peu avant 16h (35è km, 460m). Je suis accueillie par mon Dou, Jérôme et Pauline qui a fait l’effort de rester plusieurs heures après sa course (et son resto) ! Jérôme et Pauline me félicitent d’avoir terminé. Dou est plus en retrait. Il m’avouera s’être fait du souci car personne n’avait de suivi depuis Buret.

Que retiendrai-je de ce premier 35km montagnard ?

En premier lieu, qu’on peut me retirer tous les dossards de la Terre, on ne pourra pas me retirer mon mental. Je suis vraiment satisfaite d’avoir fini, certes fatiguée, mais pas du tout occise. Je suis capable de finir ce genre d’épreuves, et ça me rassure pour la suite, même s’il reste du travail à abattre dans un peu tous les secteurs. Je suis déçue de ne pas pouvoir flatter mon ego avec mon nom dans la liste des « vrais » finishers, mais ça reste accessoire par rapport au plaisir pris pendant la course. Les quelques minutes de trop à Buret, je ne les regrette même pas : s’arrêter pour discuter avec les bénévoles, avec les concurrents, s’assurer qu’un blessé n’a pas besoin d’assistance, regarder la mer de nuages qui semble sans fin… C’est aussi pour ces raisons que je m’inscris à des courses.

Ensuite, que je n’ai pas un grand besoin de manger si l’hydratation est correcte, et même si le goût citronné m’a un peu lassée, j’ai bu suffisamment quasiment tout le long, sans coup de bambou en fin de parcours. A ce propos, je ne partirai plus avec deux litres dans ma poche à eau : trop lourde pour mes petits trapèzes !

Enfin, que j’ai passé une belle journée sur mon territoire d’entraînement… Si je ne suis pas dans les Alpes à cette époque, peut-être à l’année prochaine pour la revanche (sans abus d’alcool l’avant-veille cette fois) !

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