Tour du pic d’Arrens – 26.5km +1800m

Au bout du Bout

Il est déjà 22h lorsque nous partons de Labarthe mon Dou et moi ce vendredi 29 juillet. Nous faisons bonne route et arrivons à Arrens-Marsous vers 23h30. La semaine a été longue et je commence à piquer du nez. Nous garons le fourgon sur les hauteurs du village, un dernier bisou et hop ! dans les duvets. Je me réveille sans réveil vers 6h20, mais je sens que la nuit a été -trop- courte. Je laisse mon tendre se reposer encore et vais petit-déjeuner à l’avant. Au menu : gâteau de patate douce sans-gluten-sans-lactose, une banane, du lait de châtaigne. Le gâteau concocté la veille sent bon et est visuellement réussi. Mais son goût et sa consistance sont très étranges ! Je me force à finir ma part. Je reviens à l’arrière, enfile ma tenue de lumière. Mon tendre émerge. Je ne suis pas très bien gastriquement parlant… mais je n’ai pas pris de trousse à pharmacie. Bravo l’infirmière !
7h50 : il est temps d’aller chercher le dossard. Nous trouvons une place dans la rue « principale ». Pendant que Laurent va s’acheter des croissants, je me chausse… et me fais pourrir par le résident (à l’accent, je ne peux pas croire qu’il soit originaire des HP !) de la maison devant laquelle nous nous sommes garés. Quel accueil ! Mon Dou me laisse au départ, l’ambiance est un peu électrique (il paraît que je marche trop vite, mais lui n’est pas du matin non plus…). Je récupère mon dossard, contrôle du sac. Je vais aux toilettes, je passe les détails mais mon bide fait encore des siennes. L’heure tourne. Je me positionne dans la sorte de sas de départ. Des tonneaux sont disposés ici et là et je resterais bien à interviewer Monsieur Jegard autour d’un coup à boire. J’aperçois également Michel Lanne qui, surprise, prendra le départ de notre course au lieu du marathon. Easy…
Le départ est finalement donné. Un kilomètre de plat sur route qui me confirme que ce ne sera pas un grand jour : je suis une cocotte-minute… Nous descendons légèrement pour prendre un sentier en sous-bois, puis reprenons la route en faux-plats ascendants où je marche déjà dans les montées et trottine sur le plat. Nous atteignons le barrage EDF du lac du Tech que nous traversons. Ce n’est pas le moment de laisser tomber ses clefs de voiture… A partir de là, nous entrons dans le vif du sujet avec la grimpette au col de Paloumère (2180m). Je dégaine mes bâtons pour l’ascension de près de 1000m sur 4.4km. C’est dur, mais le panorama est magnifique. Nous plaisantons avec deux dames : à être dans les profondeurs du classement, autant prendre quelques photos-souvenirs.

 

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Les premiers coureurs du marathon nous dépassent : « Ah, le buff du trail des Citadelles… » « Pas le meilleur pour moi… » « Un jour de moins bien, ça arrive. » Oui, un peu comme aujourd’hui… Nous passons sur un éboulis de cailloux : easy après la rando dans le Val d’Aran 😉 Juste avant l’accès au col, la première féminine du marathon me double : c’est Véronique Douat, que je félicite et encourage. Je reste dans son sillage jusqu’au col. Les bénévoles nous acclament puis rangent nos bâtons dans nos sacs. J’en profite pour boire. Véro file dans la descente. « Elle est impressionnante » dit une dame « mais vous n’êtes pas en reste ! » « Malheureusement nous ne courons pas la même distance… »

Je pensais que la montée serait ma bête noire du jour. C’était sans compter la descente : moins 1000 mètres… sur seulement 3km… Un à-pic quoi… Nous nous accrochons à une main-courante sur un passage rocheux de 60 mètres, je ne pense même pas à regarder en bas ! Je suis conseillée par un futur marathonien : merci coach ! S’en suit une longue torture pour mes quadris, en plein « cagnas », à tel point que je ressors mes bâtons. Un monsieur me félicite, il paraît que j’ai la foulée légère. Je le remercie en pouffant. En prime, j’ai une ampoule au quatrième orteil droit… Je suis interrompue dans mon élan par un troupeau de brebis qui sort de son parc. Mesdames, après vous… Nous passons ensuite dans un bois. A l’ombre, youhou ! Je devrais m’en réjouir, mais je me fais littéralement attaquer pas les taons ! J’en tuerai une bonne douzaine jusqu’à la fin du parcours. Je détestais ces bestioles qui piquaient mon cheval, je les déteste tout autant sur ma fine peau aujourd’hui !

Nous sautons un petit gué où des gens nous applaudissent. Qu’il fait chaud ! Je transgoutte à grosses pires, et j’ai envie de vomir. Bonjour l’insolation ! Nous longeons la rive gauche du lac d’Estaing. J’espère y trouver mon cher et tendre, puis réflexion faite, j’espère qu’il est en train de gambader ailleurs, car je suis capable de lui demander de rentrer. Je « cours » 50 mètres lorsque j’en marche 200 : j’ai mal à toutes les articulations. Je commence à douter de mes capacités à finir ce foutu parcours. Il reste plus de dix bornes et 500 mètres de dénivelé. J’atteins péniblement la tente du ravito. Une jeune fille m’aide à remplir ma flask, puis un monsieur ôte mon sac pour refaire le plein de ma poche à eau. Royal pour la petite amatrice que je suis. Un bénévole vient discuter avec moi, me demande si ça va. Un Couserannais se joint à nous. Je passe plus d’un quart d’heure à faire retomber les puls’. Un léger mieux se profile : je prends l’intervalle et repars, sinon je reste pour plier boutique avec les bénévoles !

Nous longeons le Gave d’Estaing sur le GR10. J’en profite pour y plonger les bras, me nettoyer la frimousse pleine de sel et mouiller mon bandeau. J’en rêvais, cette eau fraîche est inespérée et me rebooste pour quelques kilomètres. Je cours sans réfléchir, je suis en mode automate. Je regarde ma montre : presque 20km parcourus : youpi ! Allez, je vais la finir cette course ! Nous sommes maintenant sur le GR de Pays « Tour du Val d’Azun », et ça regrimpe. Il fait chaud en ce début d’après-midi, il n’y a pas un pét’ d’air. Et comme attendu, après le regain d’énergie, le coup de bambou. Je monte très lentement sur un sentier en lacets. Une photographe est postée là, je me force à sourire. « Allez, courage, après la crête, ça descend ! » Certes, mais je n’y parviens pas encore.

Gabizos
Photo Hélène Hardi

La montée est régulière et peu pentue mais c’est un chemin de croix pour moi, et pas que. De nombreux coureurs sont à l’arrêt, les traits sont tirés en mode lifting de Johnny ou Sheila. Bref, nous ne ressemblons plus à rien. Nous nous encourageons comme nous pouvons : « On tient le bon bout. » Ouais, tant qu’on avance, on ne recule pas… Enfin, le col. Je souffle deux minutes, prends des photos, bois, fais le point sur ma vie… Un coureur du marathon aussi : « Je suis sec. » C’est le bon mot…

 

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Puis je pousse mes pieds l’un devant l’autre et parviens à trottiner sur la sente souple. C’est même plutôt agréable. Mais les choses se corsent avec l’accentuation du pourcentage, qui me contraint à marcher. Plus que quelques kilomètres de calvaire. J’envoie un sms à Laurent pour le rassurer : « Ne t’inquiète pas, j’arrive. Occise, mais j’arrive. » Je laisse passer de nombreux participants au marathon qui ont encore du jus, bravo messieurs-dames ! J’entends la ferveur de l’arrivée. L’orchestre joue du Joe Dassin, ça me fait sourire et penser à mon cher et tendre. Allez, pas le choix, faut débrancher le système nerveux central et trottiner. Mes jambes sont faites de bois, call me Pinocchio, ou Gnafron…

ENFIN : la route du village. Je capte Laurent du regard, qui m’applaudit. J’entends mon nom au micro. Je suis même interviewée par le speaker. Désolée mais je n’ai plus de glucose au cerveau pour raconter quelque chose d’intéressant… Je transmets mes félicitations aux bénévoles qui m’enlèvent la puce, c’était chaud dans tous les sens du terme, mais tellement beau.

Je finis en 6h tout rond, 182è sur 212 (240 partants, soit 11.6% d’abandons), 25è féminine sur 38. Je savais que ce serait dur, je savais que je ne supporterais pas bien la chaleur. Ce ne fut pas toujours le grand plaisir, mais je suis satisfaite d’avoir fini ce parcours exigeant et technique dans ces conditions. J’ai su puiser dans mes ressources mentales pour terminer. Il me faut être lucide, mon entraînement n’est pas suffisant pour « performer » sur des courses de montagne comme celles-ci. Outre la fatigue accumulée ces jours-ci au travail, je dois davantage soigner les départs, en général en faux-plats montants et sur route, que je déteste et qui me le rendent bien. Par temps chaud, il me faut également un couvre-chef autre que mes buffs, et des apports salés. J’apprends, c’est le principal.

Mes amitiés aux bénévoles des Esclops d’Azun : vous avez été géniaux ! Votre bienveillance est rare. De la remise du dossards à la dégustation du burger bio en passant par la douche et l’accès à la piscine, tout était au poil. A bientôt j’espère pour de nouvelles aventures dans votre belle vallée.

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