Second relais marathon du Mourtis – 23km +1900m

Le Mourtis… Mon tout premier trail en 2015 de 14km et environ +/-500m (?), dans la brume, le froid, la boue… Celui qui m’a fait mordre à l’hameçon malgré le manque (l’absence…!) d’entraînement et les conditions météo peu propices au plaisir. Un trail qui rend hommage à Vincent Borla, le « chasseur d’isards », dans notre station de ski familiale où tous les Commingeois ont appris à skier. Bref, mon trail de cœur où je voulais absolument revenir en 2017. L’équipe du club modifie les tracés et nous pond un 12km +/-700m et un 42km +/-3000m. Aïe, rien qui rentre dans le cadre de la préparation au Marató dels Cims. Mais en y regardant d’un peu plus près, le marathon peut en fait se courir en relais de deux : un parcours de 19km +1100m/-1900m, et un de 23km +1900m/-1100m. C’est cette seconde moitié que nous choisissons de réaliser Pauline et moi, et nous convainquons finalement Anthony et Jean-Luc de faire équipe avec nous.

Après une grosse semaine à 70km +/-3500m fin avril/début mai où je perds quelques plumes (et où nous reconnaissons entre autres les 19km jusqu’au Saillant avec le club du Mourtis), je me concentre sur la régénération : fractionné, seuil et vélo sur le plat sont au programme jusqu’à la date fatidique. Je ne cède pas aux multiples tentations grasses, sucrées et salées de mes collègues : un mental mis à rude épreuve 😜 ! J’essaie de dormir suffisamment mais j’alterne nuit et jour dans la semaine au boulot, et comme d’hab’, je constitue une petite dette en sommeil les derniers jours avant la course.

Samedi 20 mai, 5h30, jour-J, H-2, le réveil sonne. Je n’ai pas commencé à courir que je souffre déjà ! Je rejoins Pauline et nous nous garons à la station un peu avant 7h. Je scrute la météo depuis dix jours, et ouf ! malgré une fin de semaine pluvieuse voire neigeuse, il fait froid, mais sec et beau ! Je récupère nos dossards alors que Jean-Luc vient d’arriver. Les Kaskominge sont au complet, la course peut démarrer ! (Kasko en basque veut dire sommet, mais aussi crâne, ce qui est plutôt drôle venant de Jean-Luc !!!) Pendant qu’il s’échauffe, je déjeune dans la voiture. Puis je filme le départ, même pas l’occasion d’encourager mon binôme que je ne reconnais pas dans la masse de traileurs ! Nous buvons le café avec Alain B. et un autre monsieur dont nous retiendrons cette phrase mythique : « Un Baroussais qui devient vegan, ils ne mangent rien ces gens-là, non mais vous vous rendez compte, c’est pas normal ! T’es pas vegan toi au moins ? »

Sur ces entrefaites, nous descendons au village de Boutx où aura lieu le passage de témoin. Il nous reste une grosse heure et demie à tuer. Des questions existentielles comme : comment on s’habille ? t’as du déo ? qu’est-ce qu’on va faire de cette visière ? où sont les toilettes ? nous occupent un moment. La pression monte cran par cran. Puis nous nous tenons prêtes et encourageons la tête de course, Jérôme Fournier menant l’allure. Les premiers relayeurs sont annoncés à Bezins, à une vingtaine de minutes de Boutx, et Anthony ne tarde pas à rappliquer, en 6è position, mais le genou en sang. Pauline mettra 40 bonnes secondes à s’élancer, le record du plus long passage de relais ! Magique ! Je la préviens que j’essaierai de la rattraper, Jean-Luc ayant été annoncé dans le groupe après Anthony. Une fois « seule », je trépigne d’impatience et monte une cinquantaine de mètres plus haut sur la place pour accueillir mon partenaire, qui arrive environ 25′ après. Jean-Luc me donne pour consigne d’en profiter et c’est parti mon kiki pour 23 bornes pentues !

Mourtis relais

Le premier kilomètre est très roulant en sous-bois, ce qui permet de chauffer la machine progressivement. Parti une minute après moi, Alain me double et me conseille d’aller doucement au départ. Dont acte. Deux marathoniens me tiennent compagnie sur une bosse où nous alternons marche et relance. Le terrain est humide mais je ne glisse pas. Au bout d’un moment, je regarde ma montre : je ne l’ai pas activée alors que je suis sûre d’avoir appuyé sur « le » bouton… Bravo ! Je ne sais pas combien de kilomètres j’ai parcouru, c’est idiot mais ça me perturbe un peu. Nous suivons la première féminine du marathon un moment puis la doublons alors qu’elle farfouille dans son sac. Après une deuxième bosse courte, nous tombons sur un ravito liquide au charmant village d’Argut-Dessus. Je me fais chambrer par un monsieur alors que je m’asperge le cou d’eau : « Vous n’avez pas eu le temps de prendre la douche ce matin..? » Je souris mais ne m’attarde pas. Je suis talonnée par un Castrais qui me demande de trouver un bandeau dans son sac. On discute deux minutes puis il me distance. Je marche le plus activement possible sur cette côte longue d’environ 3km en mâchant une pâte de fruits. S’en suit une zone de relance de 4km sur single plus ou moins en dévers où je fais l’effort de courir tout le long, en gardant un cran au frein à main. De toute façon je ne sais pas me mettre dans le rouge volontairement, et ce n’est pas le moment ! Je sens que mon pied bouge dans ma chaussure qui a dû se desserrer malgré les doubles nœuds. Je décide de m’en occuper au prochain ravito pour éviter les ampoules. Nous passons sur une estive puis redescendons doucement sur une piste forestière. Je récupère, j’essaie de rester à basse fréquence cardiaque car je sais que la course commence à partir du col d’Artigascou au 12è km. J’arrive au ravito. Ô joie ! du jambon de pays comme à l’entraînement ! Je ne mange que ça. Je bois un fond de Coca et refais le plein en eau de mes flasks.

Je repars en marchant, évidemment une flask n’est pas bien verrouillée et trempe mon maillot… Je râle un peu, ça m’énerve de perdre du temps (et de l’eau !) pour des bêtises pareilles, mais je parviens enfin à la fermer correctement. J’en profite pour demander l’heure à des coureurs car je ne me fie plus à ma montre. Midi et quart : je suis large concernant la seconde barrière horaire fixée à 16h. Je lève la tête : Marion me fait coucou et me demande si ça va. Je lève le pouce. « Tu attaques la partie pas sympa là ! » « T’inquiète, je suis venue pour ça ! »

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Pauline en pleine action

Effectivement, ça grimpe direct sur un chemin plein de racines en escalier. Les cuisses commencent à chauffer, et ça ne fait que commencer ! A un petit col, enfin, la vue sur les Pyrénées enneigées, avec quelques nuages accrochés.

« Dommage… » « Oui mais ça vaut le coup quand même ! » me répond un coureur. Je reste dans sa roue. « Tu me dis si tu veux courir ! » J’éclate de rire. Euh, non pas pour le moment… Plus nous montons à travers les prés et plus les nuages se font denses. C’est pentu, mais régulier pendant 3km, jusqu’au point culminant du parcours à 1800m.

Je pense beaucoup à Benoît, je ne sais pas exactement où il a dévissé, je ne veux pas le savoir, mais je ne dois pas être trop loin. Son souvenir m’aide à rester concentrée, je souris même en y repensant. Je reste dans les traces de mon marathonien aux chaussettes Compressport, je focalise sur ce détail. A une courte zone de replat, je m’arrête pour ENFIN resserrer mes lacets avant que l’échauffement n’empire ! Je trottine dès que je peux sur la crête. Au sommet, un bénévole nous fait bifurquer vers la descente. « Attention, ça glisse ! » Je n’en doute pas, mais je remercie le ciel de ne pas nous envoyer des trombes d’eau ! En effet, les balises sont vraiment placées « dré dans l’pentu », et entre les cailloux, le degré de la pente et l’argile humide et lissée par les coureurs précédents, les choses se compliquent ! « Tiens, salut Laure, ça va ? » C’est Richard, un Galopin rencontré à la reco du premier tronçon. « Ça va, mais j’ai un peu de mal à m’engager dans la pente… » Il me dépasse avec deux ou trois autres traileurs. J’emploie mes bâtons, je me plie à 90° en avant mais je manque de me vautrer deux fois sur les fesses. Je descends très prudemment en me répétant « Lundi faut aller bosser, lundi faut aller bosser… » Un coureur se rend compte que je suis une fille et du coup m’encourage ! Nous suivons, traversons, courons dans un ruisseau. Je suis hyper attentive car la semelle Vibram de mes Xodus DE-TES-TE la roche mouillée. Nous regagnons finalement un sentier en sous-bois. La descente se fait tranquillement. J’ai bien en tête les conseils d’Hervé Ferré : « Ceux qui allumeront dans la descente sur Artigascou seront morts dans la dernière montée ! » Je dépasse quelques marathoniens qui commencent à en avoir plein les pattes : « Allez, faut rien lâcher ! » Bon, moi aussi j’ai hâte d’être au moins au ravito !

 

Mourtis ravito

En l’atteignant, je suis un peu moins lucide. Je bois un coup de Coca mais n’ai pas faim. Je fais remplir ma flask, elle est bien étanche cette fois ! Je ne traîne pas. Je suis doublée en repartant par la nouvelle première féminine du marathon. J’attaque la dernière côte. Un bénévole me dit « Allez, plus que 2km de montée, vous êtes la 6è féminine du relais ! » Euh oui c’est bien mais je ne sais pas combien on est au total, 7 peut-être…

Mourtis Artig4

Je commence à être dans le dur et me mets en mode tracteur-robot. Plus par précaution que par envie, je mange la moitié d’une pâte d’amande. J’entends « Nuit de folie » puis « Macumba » émaner du poste du ravito : ils font péter les watts, j’entends les bénévoles (et les coureurs ?) chanter et ça a le mérite de me faire sourire. Je suis devancée par Monsieur Dupont, avec qui j’ai terminé le 35km du Cagire l’an passé. Il finira 1er « M3 ». Puis la banda prend le relais avec « De cap tà l’immortèla », et je trouve les paroles tout à fait adaptées à la situation.

Lhèu veiram pas jamei la fin,
Jamei la fin, jamei la fin,
La libertat qu’ei lo camin,
Qu’ei lo camin, qu’ei lo camin

Mourtis banda
Banda Los Toros

Je monte un lacet, puis deux, puis trois. C’est alors que j’entends « Ho, Laure ! » quelques mètres en dessous. C’est Cyril, tout guilleret ! Il se rapproche petit à petit en sifflant et en chantant « Les lacs du Connemara » joué par la banda, Monsieur se balade ! Ici aussi, on pourrait se croire en Irlande ou dans les Highlands vue la brume qui est tombée ! Je suis obligée de pister les fanions oranges pour connaître la direction à prendre. Cyril me double en me demandant « Tu la sens, cette odeur ? » « ?🤔? » « La bière de l’arrivée ! » « Aaaaaahh !!! » Je n’essaie pas de le suivre. Petit pas après petit pas, je m’extirpe du bourbier. Je crois pouvoir redescendre, mais que nenni ! Je n’ai pas bien regardé le profil : il reste un replat d’1,3km sur la crête ! Je me traîne comme jamais, je suis un peu vaseuse mais ne lâche rien. Enfin si, j’ai en réalité abandonné mon second degré en chemin : un marathonien demande aux pompiers « On est à combien d’altitude là, 4000 ou 5000 non, je manque de souffle… » et je me surprends à répondre « Non 1550. » (Ce qui, en outre, était totalement erroné.)

Enfin, la délivrance : la vue des télésièges et donc le début de la descente vers le parking de la station ! Je double un marathonien. « Je fais le lièvre ! » « Oh non, je ne te suis pas, j’ai les quadri démolis… » Il me suit quand même un peu. « Tu es du coin, tu sais où on est ? » « Oui, bientôt sur la piste noire, il reste un kilomètre ! » Je commence à percevoir plus ou moins distinctement le speaker au micro. J’ai mal aux pattes, je suis fatiguée, mais aussi très satisfaite de finir intègre : 1900m en positif dans le cornet, c’est fait et plutôt correctement pour mon petit niveau ! Je suis émue, presque les larmes aux yeux,  quand je suis dépassée par un coureur : « Désolé, je te double, j’en ai marre, putain que c’est dur, je ne peux plus m’arrêter, je dérouuuuuule. » Et hop, tout schuss. « Bienvenue en Comminges ! » J’aimerais lui emboîter le pas, mais je suis sur la retenue, le pied moins précis, jusqu’à l’arche, traversée après 4h26 d’effort.

Voilà, ma seconde édition du Mourtis est « déjà » terminée, et c’était encore une fois chouette. J’adore ce tracé : la première partie jusqu’aux falaises du Saillant, puis la descente jusqu’à Bezins sont un classique commingeois dont je ne me lasse pas. La seconde moitié fut une découverte totale, et tant mieux : je n’ai pas anticipé les difficultés ! Les conditions météo étaient finalement idéales même si j’ai évidemment regretté de ne pas avoir le panorama sur les Pyrénées en haut. Mais sous la canicule ou sous la pluie, ç’aurait été un vrai carnage. J’y remonterai pour la vue !

Pour la petite anecdote, nous terminons 33è binôme sur 41 équipes au départ (2 abandons). En juillet 2016, je finissais les 26km +1800m du Tour du Pic d’Arrens en 6h (mais avec un beau coup de chaud). Je ne suis toujours pas ascendant isard, je ne suis pas parvenue à rattraper Popo mais je progresse (un peu).

Merci à l’équipe du Mourtis, merci aux traileurs commingeois, ça fait du bien de se sentir « chez soi »…

 

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