Marató dels Cims 41km +2800m

Il était une fois, en juillet 2015… Un retour de Luchon avec Pauline et les Limbréts, une réflexion sur la vie et nos trente balais arrivant tels le Firebolt d’Harry Potter… Nous concoctons un petit jeu pour faire passer le temps dans la voiture : je dois la gratifier d’un « défi trail » six mois avant son passage dans la décennie supérieure, l’accompagner sur la course, puis l’emmener au resto si le challenge est relevé. Une saison de trail passa… Fin 2016, je fais chauffer les neurones avec les Limbréts, et scelle le pacte par une inscription au Marató dels Cims (42,5km +/-3000m) dans le cadre de l’Andorra Ultra Trail qui se tient début juillet 2017. Un parcours montagneux avec trois pics à gravir à plus de 2700m d’altitude, une cheminée à escalader pour accéder au Casamanya et une magnifique ligne de crête à dévaler en dessert. Un profil qui m’aguiche ! Pour un premier marathon je n’ai pas choisi le plus facile mais il devrait plaire à ma comparse, elle qui n’a jamais dépassé les 20km en courant. Guillaume et Xavier se rallient à notre cause (avec option annulation tout de même pour Guillaume !).

cheminéeMaratodelsCims

C’est parti pour la prépa. Fin mars, les trois jours de course au Maroc me rassurent : sauf blessure, nous tiendrons la distance. Je pensais maintenir un cadre strict « endurance fondamentale / seuil / fractionné en côtes / sorties longues » comme pour le marathon des Causses. Finalement, la météo caniculaire du début d’été puis plus simplement l’écoute de mon corps et de mes envies m’ont orientée vers une prépa « plaisir » agrémentée de sorties crapahutage avec quelques passages bien techniques à 2700m dans nos Pyrénées commingeoises et aragonaises, d’endurance fondamentale sur le plat toulousain pimentée de quelques accélérations parfois, et d’un peu de vélo pour la récupération. Je saupoudre le tout par quinze jours à faire « du jus » jusqu’au 8 juillet (comprendre : ne rien faire ou presque !). Je ne crois pas être vraiment affûtée mais je me sens prête à en découdre. Je sais que je finirai. Reste à savoir dans quel état… Pour Guillaume et Pauline, la prépa fut plus light, et je les retrouve « légèrement » fébriles à J-2… ! Quant à Xavier, il ne s’est pas entraîné du tout : ce garçon est joueur !

Nous arrivons à Ordino le jeudi soir et retrouvons Cyril, engagé sur la Ronda (170km +/-13500m, juste l’ultra de montagne de ce format le plus dur d’Europe…) accompagné de ses parents, qui furent quelques heures SDF car ils ne pouvaient pas rentrer dans l’appartement loué. Quelle poisse ! Mais ça n’a pas l’air de l’avoir affecté. Il semble juste un peu dérangé car il ne sait pas comment faire chauffer sa soupe à l’hôtel avant le départ !! Le vendredi après-midi, nous allons l’encourager au 32è km à la Coma d’Arcalis à 2200m. Les Andorrans ont su rendre accessible en voiture un lieu déjà magnifique, prémices de ce que nous pourrons admirer en grimpant un peu ! Malgré une douleur au genou, Cyril repart frais comme un gardon du ravito (contrairement à Antoine Guillon qui y a vomi tripes et boyaux). Nous, nous en repartons avec quelques coups de lune : le soleil andorran n’est décidément pas un ami…

IMG_20170707_133350IMG_20170707_132416

Nous récupérons enfin nos dossards : nous ne pouvons plus reculer !! Vient le briefing : vent jusqu’à 100km/h au sommet du Casamanya et faible risque d’orage en fin d’après-midi. L’organisateur nous conseille d’accélérer afin d’arriver avant… Il a de l’humour ! Il insiste fortement sur la nécessité du matos obligatoire. Je prendrai finalement le second pantalon imperméable de Pauline dans le sac au cas où, le mien étant plus léger.

Nous rentrons à l’appartement où nous rejoignent Pinou, Xav et Lucía. Nous mangeons et ne traînons pas : réveil à 5h30 pour un contrôle des sacs à partir de 7h ! La nuit est un peu agitée : j’ai des céphalées qui vont et viennent depuis trois jours, qui m’embêtent jusqu’à 1h du matin. Ah ! Le psychosomatique ! Je me réveille tout de même en assez bonne forme. Petit-déj de compét’, douche, vérification du matériel, et les gladiateurs entrent dans l’arène… 7h pétantes, nous sommes dans le SAS du départ. La troupe de batucada commence à jouer, c’est entraînant. Pauline et Guillaume sont excités comme des puces, moi je suis curieusement sereine. Je pensais prendre mon shoot d’émotions comme au Mourtis, mais là, c’est le calme plat intérieur ! Je pense à mon Dou qui va venir me voir, j’ai déjà hâte d’être au 30è km ! Mais un sacré chantier s’annonce avant ça ! L’attente est longue, surtout que j’ai envie de faire pipi et que nous n’avons plus le droit de sortir. Les parents de Guillaume et de Pauline viennent nous encourager, ils sont partis à 4h du matin de Martres ! La seconde paire de finishers de l’Eufòria arrive à 7h40 : standing-ovation de 700 personnes ! Cette communion sportive empreinte d’admiration et de respect motive. Puis les minutes filent… Les pétards pètent, la fumée fume, Estuans interius de Carmina Burana… retentit. Pour l’anecdote, c’était l’opéra préféré d’Hitler. Course démoniaque à l’horizon ? Pas loin…

8h02 : GAS !!! Les premières centaines de mètres descendent, je déroule ma foulée. Xav me talonne, mais on a perdu les deux autres gaziers. Pinou et Lucía nous font coucou depuis la fenêtre de l’appartement. Au bout d’1km, je n’y tiens plus : je vais me soulager entre deux voitures (oui, une sorte de « Jal-Jalade » ! Mon passif de festaïre ressort !). Je reviens donc en toute fin de peloton et slalome pour rejoindre Popo et Guillaume, mes deux « Rossignolos de Somalia » ! Ils partent vraiment prudemment les zozios. Je les distance un peu pour finalement les perdre à nouveau. J’ai des brûlures d’estomac à cause du jus de pomme de ce matin, du coup je les attends à la passerelle d’entrée dans Ansalonga, mais ils ne me rattrapent pas. Comme je ne sais pas du tout comment je vais gérer les barrières horaires, je trace à mon rythme en longeant la rivière. Je mange un peu pour essayer d’alcaliniser mon estomac, qui me laissera enfin tranquille au bout de 20′.

Je dégaine mes bâtons dans la première montée un peu raide autour du 5è km. La sente en sous-bois est peu technique mais il faut faire attention à la pose du pied. Ce n’est pas hyper escarpé mais nous montons tout de même +400m sur 2km, puis nous relançons sur une portion plus roulante de +300m sur 5km. Je ne garde pas un souvenir net de ce tronçon, je suis le mouvement des chenilles processionnaires en attendant que ça passe et mange un bout de temps en temps. Je double quelques coureurs mais suis souvent coincée. Pour être tout à fait honnête, je ne vais pas à mon rythme habituel, pourtant peu élevé, et je m’emm… un poil, évitant les coups de bâtons des uns et des autres quand je prends l’intervalle pour dépasser. C’est rageant car les jambes répondent bien. Mais je prends mon mal en patience en me répétant qu’il vaut mieux être en sous-régime pour affronter la suite.

Je descends sur Coma Obaga, le premier ravito du 12è km, « en dedans », la tête un peu bourdonnante. Je mange des fruits (melon, pastèque, orange) et du jambon, une petite pause tapas en quelque sorte. Je m’assieds derrière la cabane en attendant les deux loustics, mais au bout de 10-15′ sans les apercevoir, il faut songer à repartir. Je ne suis pas au top de ma forme, je m’attendais à un passage à vide mais pas si tôt ! Heureusement, ça roule encore sur un single souple. Malheureusement, les traileurs de fin de peloton ne savent pas tous bien descendre, et je suis encore freinée. Au bout d’un moment, la nénette devant moi, sac Hoka sur les épaules, prend la poudre d’escampette par les bas-côtés. J’en profite. La petite accélération sera de courte durée puisque d’autres traileurs processionnaires feront bouchon. Ceci dit, ça va un peu mieux, je suis dans un groupe de Catalans qui sont chambrés par leurs supporters, je comprends 2-3 trucs, ça me fait sourire. Je mouille mon bandeau dans le ruisseau, il ne fait pas hyper chaud mais la sensation de fraîcheur sur la nuque me fait du bien. Soudain, j’entends un hurlement « Allez Lauuuuuureeeeeeuh !! » en gagnant El Serrat au 15è km. C’est le père de Guillaume, au taquet ! La mère de Pauline m’informe que sa fille et son neveu viennent de passer à Coma Obaga, nous devons avoir une vingtaine de minutes d’écart.

Je remonte de +400m sur 2,5km, le vent se lève et le tonnerre gronde. Ça pue cette affaire… Puis j’atteins le ravito de Sorteny. Il fait froid, il y a du monde, je suis un peu déboussolée. Je procède alors par étapes : me couvrir, manger, boire, m’asseoir 2′. J’entends un Français dire que nous n’accéderons pas au Casamanya à cause de l’orage. F*ck ! Je demande à un bénévole : il faut monter au Coll d’Arenes, l’orga avisera là-haut. Bon, bé grimpons alors ! +600m sur 5km, « tots dret » mais je me suis trouvé un lièvre, enfin plutôt une hase andorrane qui grimpe « a poc a poc » mais très sûrement. Je pose mes pieds dans ses empreintes jusqu’au sommet : même pas mal ! Gràcies ! Le cirque traversé est superbe, et que dire de la ligne de crête qui s’offre à nous là-haut !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Mais nous nous découvrons, le vent se fait de plus en plus violent, et la pluie s’en mêle. Je m’arrête pour enfiler mes gants, ma capuche, relever mes chaussettes jusqu’aux genoux. Et déchausser mes lunettes de soleil aussi… Mon visage est fouetté de mini-grêlons, peeling gratuit ! Un vent à décorner tous les bœufs de la terre, et le reste ! Je tiens à peine mes bâtons, qui offrent pourtant peu de prise au vent. Je suis déstabilisée plusieurs fois et me mets en boule pour ne pas tomber et rouler dans la pente. Je pleure comme une madeleine à cause du froid, et entre deux larmes, aperçois le « ravito », camp de fortune du Coll d’Arenes à 2600m. J’apprendrai plus tard qu’il n’a pas tenu le choc. Je trottine comme je peux jusque-là. Je me jette par terre plus ou moins à l’abri derrière des sacs pour enfiler mon pantalon imperméable tout en gardant un pied sur mes bâtons et mon gilet d’hydratation pour ne pas qu’ils s’envolent. C’est la guerre ! Le tracé est effectivement dévié vers le parcours du Celestrail, nous ne montons pas au Casamanya, mais à l’instant, je n’en ai aucune envie ! Je repars le plus vite possible en applaudissant les bénévoles obligés de braver la tempête. Bon courage les gars !

L’instinct de survie activé, je me mets dans la roue d’une autre Andorrane qui descend à bon train. Heureusement car nous sommes seules quelques minutes et je ne vois pas toujours le fléchage à cause de la pluie dans les yeux, même s’il n’y a pas cinquante solutions. Nous laissons monter les coureurs du Célestrail, je les encourage comme je peux en pensant à ce qui les attend là-haut… Mais ma pauvre tronche déconfite ne doit pas être rassurante !! Vous connaissez le sketch de Dany Boon « le K-way »…

Après 4km de descente, nous regagnons ce qui fut pour moi le pompon imprévu de la course : la route ! Certes nous sommes maintenant en sécurité à moins de 2000m d’altitude, mais je me réjouissais tellement d’emprunter la sente de crête limite jouissive en descendant du Casamanya ! Je suis dégoûtée que la déviation passe par le goudron ! Un point de côté me tord depuis la fin de la descente, j’en « profite » pour alterner marche et course sur ces 3 ou 4km de bitume. Les cuissots vont bien, mais l’envie n’y est pas, et visiblement c’est pareil pour tous les coureurs que je dépasse !

J’atteins le ravito du 30è km au Coll d’Ordino, trois heures avant la barrière horaire. Mon Dou devait venir me voir ici, j’aurais bien eu besoin de réconfort, mais je lui demande par texto de m’attendre plutôt à l’arrivée vu que j’ai une heure d’avance sur mon programme. Je n’ai pas envie de m’éterniser : je suis trempée jusqu’aux os. Je me repose tout de même 10′ tout en grignotant.

Je repars un peu engourdie pour environ 4km sur un chemin de terre plein de relances. Je cours le plus possible pour me réchauffer. Les jambes vont bien, le cardio est stable, pas de « mur » au niveau du moral non plus. Le papa de Guillaume, toujours à balle, m’encourage à une intersection ! Je double allègrement une dizaine de coureurs, c’est bête mais ça me booste encore plus. Même les trois dernières bosses qui sont censées me faucher ne me cuisent pas plus que ça. Par contre le Japonais devant moi se casse la pipe trois fois dans la descente rocheuse et humide, saletés de Salomon… ! Je le doublerai lui aussi, banzaï ! Le soleil revient pour mon arrivée à Ordino, ce coquin ! Je suis « in fire » en foulant la dernière centaine de mètres et me paie le luxe du sprint sur le tapis vert ! 8H58 de course pour 41,5km et entre 2600 et 3000m de D+/D- selon les montres munies de l’alti barométrique : merci l’orage de tout avoir déréglé ! Je finis autour de la 70è place au scratch féminin, en milieu de tableau, mais surtout très fraîche. Not so bad pour une première.

arrivée marato laurent

Je suis rejointe par Pinou, Lucia et mon Dou. Xavier est arrivé 5′ avant moi. Il aurait eu davantage d’avance si un gros c** ne l’avait pas fait tomber au Coll d’Arenes en pleine tempête, entraînant une foulure de la cheville et quelques éraflures. Le mec l’a vu rouler-bouler et ne s’est pas arrêté… C’est aussi ça « l’esprit trail » !!!

Mon Dou me presse pour me refaire faire l’arrivée car selon lui je courais trop vite, il n’a pas eu le temps de sortir son téléphone pour me prendre en photo. C’est bien la première fois que je cours trop vite ! Grand moment de solitude quand je manque de m’étaler et de me croquer la cheville dans la seule plaque d’égout de la route… ! Gros fou rire aussi : quelle pépiote…

2e arrivee marato cheville2

Pinou m’annonce que les Rossignolos de Somalia vont arriver. Nous les attendons patiemment. Je monte finalement à leur rencontre. Ils déboulent, la banane jusqu’aux oreilles, et nous courons ensemble jusqu’à la ligne en nous prenant par les épaules : moment magique ! WE DID IT ! Défi 30 ans de Popo acte 1 relevé !!! Plus que le resto acte 2 à programmer !

IMG_20170710_135207_932

Cyril finira son périple dimanche après-midi, une petite heure après m’avoir appelée pour savoir comment notre course s’était passée, le tout en descendant en courant de Sorteny à Ordino ! Il peut être fier de lui !

En résumé…

  • Un excellent week-end entre copains ! « Qu’est-ce qui est jaune et qui attend ? » en boucle, « Allez, adios muchachos ! », « T’as qu’à pas être gaulé comme un rossignol somalien ! Qui serait passé par Burger King ! », « Fantastico ! »
  • Un super parcours malgré la déviation, plus roulant et moins technique que prévu. Encore de très bons moments passés en montagne. Il faudra revenir escalader les Casamanya par la cheminée et dévaler cette ligne de crête… ! 
  • Deuxième course de la saison volée par la météo, pas de chance… Une sacrée expérience en altitude avec des conditions plus que rugueuses ! Le Mordor andorran a encore frappé comme dirait Apostolos !
  • Une ambiance de dingue pour un marathon de haute montagne qui a attiré de nombreuses nationalités autres qu’andorrane, espagnole ou française, puisque j’ai rencontré des Belges, un Slovaque, des Norvégiens, des Suédois, des Italiens, des Japonais, un Anglais… Je n’aime pas beaucoup la foule, encore moins en montagne, mais ça fait du bien d’être encouragée, autant, quasiment partout ! Et de parler le franglespagnol ! D’ailleurs, « Hola simpatica », c’est le « Hola guapa » pour les moches non ? 
  • Des ravitos et surtout des bénévoles au top du top, très réactifs et attentionnés !
  • Une bonne gestion de mon alimentation et de mon hydratation, et une bonne gestion de course, bien entendu également régulée par les autres coureurs (une limitation à 500 partants ne serait pas un mal quand même !). Si j’avais été seule ou si j’avais suivi Xavier au départ, peut-être que j’aurais explosé comme un pop-corn, peut-être que j’aurais été plus rapide, on ne peut pas refaire la course. Étonnamment, sur la fin, la tête et les jambes étaient prêtes à aller plus loin, plus haut… Alors vivement de connaître le défi imposé par les copains pour mes 30 ans l’année prochaine !!!

Merci à vous les cop’s pour vos encouragements, aux familles Hanssens et Boube, ainsi qu’à Bulle D’R pour la cryo gratuite post-course, puis à Caldea pour la baignade : nous avons été refaits à neuf !

Publicités

Un commentaire Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s