Trail des Citadelles – 40km +2000m

 

Course nationalement populaire, il fallut être réactif pour s’inscrire au Trail des Citadelles – les 400 dossards mis à disposition sur le format court ont filé en 24h. J’hésitais entre le 40 et le nouveau parcours de 54km, puis me rappelais que la boue de Lavelanet n’était pas constituée des mêmes propriétés que la nôtre. Et comme le disait un illustre con(férencier), « un [centimètre de boue], ça va, c’est quand il y en a plusieurs qu’il y a des problèmes ». Afin de réimprimer la distance dans les gambettes, Pauline, Fabien et moi nous engageons donc sur le 40km, Kévin sur le 54 et Clémence sur le 24. Vint s’ajouter à notre petite troupe Leslie, qui saisit au vol un des derniers dossards du marathon cédés par l’organisation.

 

 

Cette dernière nous dégote in extremis deux chambres au « Joli Jardin » à quelques minutes du départ, et réserve une table au « Pré du Bonheur » pour le samedi soir. Cela n’augure que du positif. Formule all inclusive : plus qu’à mettre les pieds sous la table et dans les baskets ! Leslie nous apprend également que boire de l’alcool une veille de course est profitable à l’organisme puisque cela annihile les effets néfastes du stress. Dont acte : nous accompagnons nos mets d’une petite bière ou d’un petit verre de vin. La restauratrice nous promet que son copieux menu va nous faire gagner. C’est sûr, nous allons tout faire péter demain, et peut-être même le compte-tours !

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Après une nuit-de-veille-de-course comme une nuit-de-veille-de-course, j’émerge avec la pâteuse, ayant évacué autant de litres de sueur que d’édredons bordant le lit, c’est-à-dire quatre ou cinq. Entre l’éthanol et la chaleur, il faudrait se réhydrater. Mais nous manquons de temps et de poste d’eau dans les sanitaires. Bref, je boirai pendant la course… Nous quittons la chambre d’hôtes dare-dare. Les places de parking sont chères à 7h45 ce dimanche matin dans le centre de Lavelanet, mais nous badgeons dans les temps, cinq minutes avant le coup de pétard. Après le déluge des derniers jours, il fait froid mais beau, comme prévu. Nous souhaitons bonne chance aux nombreux Commingeois engagés. Houblon or not houblon, nous ne sommes effectivement pas anxieux, presque envahis par la flemme… Nous ne manquons pas d’envoyer un petit « selfuck » à Pauline ayant scandaleusement réussi à basculer sur le 24km et venant de se réveiller.

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Nous n’entendons pas très audiblement le speaker, mais nous prenons bien le départ à 8h pétantes. Je raille les « précieux » qui n’osent pas mettre les pieds dans les premières flaques. « Non mais les gars, il faut y plonger dedans, de toute façon vous n’allez pas rester au sec longtemps ! » Leslie file, je reste avec Fabien. La première bosse est vite montée, et nous nous sommes bien réchauffés. Nous nous arrêtons en plein milieu de la route pour ranger gants et veste dans nos sacs. Nous nous faisons copieusement doubler et nous continuons notre chemin dans le dernier tiers du peloton. Nous entrons dans le vif du sujet dans la forêt. Nous sommes 600 partants et nous sommes régulièrement stoppés net aux goulots d’étranglement, et lorsque la sente redescend, la plupart des traileurs sont très empruntés. C’est un peu pénible mais cela tombe bien, il faut en garder sous la pédale jusqu’à Montségur. La boue est effectivement présente en quantité mais des cailloux nous retiennent de glisser. Je me détache petit à petit de Fabien. A partir de 800m, à l’ombre, il reste quelques éparses plaques de neige sous les branches de sapin. Soudain, j’aperçois le château au loin : je ne pensais pas y arriver si vite.

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Les cloches sonnent, il y a déjà du monde venu nous encourager au pied de Montségur. Le tracé décrit un aller-retour jusqu’au château. La montée/descente est laborieuse car nous nous faufilons dans un espace parfois très réduit, mais nous montons tout de même plus fluidement qu’il y a deux ans. L’ambiance est bonne, je plaisante avec deux jeunes devant moi. Les coureurs aux avant-postes nous préviennent un par un : il y a des plaques de verglas dans les escaliers, il faut rester très vigilant ! C’est vrai qu’aucun ne court totalement libéré, alors que je me souviens de descentes tout schuss en 2016. Je croise et encourage Leslie qui doit être correctement placée, puis Richard, un autre Commingeois. Nous badgeons enfin au sommet. J’encourage Fabien qui amorce la descente, et je traverse la première citadelle, puis en fais le tour pour finalement redescendre. Je suis interpellée par Jérémy, venu en supporter.

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Je suis une dame très prudente, j’avoue n’avoir envie de prendre aucun risque, la glace étant presque invisible à l’ombre. J’avance à tâtons dans les marches et roches piégeuses, bâtons pointés devant. Lorsque le terrain me paraît plus stable, je double et déroule jusqu’au « col ». J’ai parcouru dix kilomètres, les plus faciles.

Je réalise une descente souple et décontractée dans la bouillasse jusqu’au ravitaillement de Montferrier au 14è km. Je me rends compte à ce moment-là que, si j’ai porté mon attention sur l’hydratation, je n’ai rien mangé du tout depuis le départ, soit 2h25 de course. Sans avoir de nausées ou de spasmes, je sens que quelque chose cloche : je n’ai absolument pas faim, et c’est inhabituel ! Probablement la faute au petit-déjeuner à la chambre d’hôtes totalement différent de ma routine (pourquoi serait-ce le resto et la bière d’hier soir ?!). Je me force à avaler deux bouts de banane, un verre de Coca, je fais remplir mes flasques d’eau et repars après avoir lu les messages d’encouragement de Maëva, postée à Montségur pour voir passer son homme inscrit sur le 24km.

 

 

Je passe devant l’église de Nalzen vers 11h20, me faisant la réflexion que j’ai encore trouvé un prétexte pour rater la messe ! Je m’imagine y rentrer les pieds et les mollets maculés de boue : « Coucou c’est moi ! Excusez ma tenue, je n’ai pas trouvé de douche ! » Le parcours est devenu vallonné, moins abrupt depuis Montferrier. Malgré ma VMA de chèvre naine, je m’accroche à deux jeunes hommes qui font course commune. Je mange un bout d’une barre aux céréales, sans grand enthousiasme, anticipant la montée à Roquefixade que nous apercevons depuis un pré. Nous passons devant une scierie : nous marchons sur des troncs d’arbres jonchés dans la glaise, en dévers. Un endroit pas piqué des hannetons ! « Quel chantier ! » soufflé-je. Mes compagnons de chemin semblent acquiescer. Je parviens tout de même à relancer ensuite, dépassant mes compères qui me suivront.

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J’amorce l’ascension à Roquefixade, sèche et caillouteuse. Je commence à peiner à mi-chemin, mais je résiste, et maintiens une certaine régularité dans ma médiocrité. Les premiers du 70km commencent à me dépasser. Je reconnais Nicolas du Mourtis et l’encourage. Il a les traits tirés également mais est en bonne position (7è ?). Il finira un peu plus loin au scratch mais tout de même premier espoir ! La sente et les modestes falaises me font un peu penser au Gar : je suis en terrain conquis ! Ou presque…

Enfin, j’arrive au point culminant et me retourne : wouaaaah. Le château au premier plan avec les Pyrénées enneigées en fond forment un décor de rêve ! C’est bon, j’ai trouvé ce que j’étais venue chercher… Belle découverte que ce point de vue, c’est une des raisons pour lesquelles je pratique le trail.

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Je reconnais Yvan Arnaud, bénévole et photographe, qui pique-nique : « Je suppose que c’est ici le meilleur endroit pour prendre les photos ? » Un monsieur me répond « Ah non Madame, c’est interdit de prendre des photos ici ! » « Ah oui, c’est payant chez vous c’est ça ? » Sacrés Ariégeois ! Je m’accroupis pour cadrer la citadelle et me fais la réflexion à voix haute que je pourrais ne pas pouvoir me relever… Ouf, si ! Le monsieur blagueur m’informe qu’il reste 5km de descente avant le prochain ravitaillement. Ah oui, tiens, c’est vrai qu’il faut songer à repartir… Les pattes sont un peu lourdes mais je trottine sur la crête herbeuse. Quelques cailloux et racines me font ralentir dans le début de la descente (type Cap de Payssas pour les Commingeois), puis petit à petit je retrouve la boue, à laquelle je suis désormais rompue. Je descends plus mollement que de Montségur. La fatigue s’immisce dans la partie. Je suis doublée par des dossards bleus (70km) mais je double moi-même quelques dossards verts (40km).

Au 29è km donc, j’atterris au ravitaillement de Roquefort-les-Cascades. J’ai envie de frais : je me goinfre de deux (!) quartiers d’orange, un morceau de banane, Coca, eau gazeuse, et fais refaire le niveau des flasques : le rituel est automatisé. Le saucisson me tenterait bien, mais je n’ai pas envie de salé, et puis j’ai peur d’avoir soif ensuite. Après cinq minutes de répit, je repars à l’assaut du dernier quart du parcours.

Et quel combat pour moi ! 4,5km de plat à patauger dans la bouillasse, les flaques, à glisser dans les dévers, à remonter des chemins transformés en ruisseaux. En plus j’ai envie de faire pipi depuis un certain temps maintenant, sans avoir eu l’occasion de me cacher pour assouvir mes besoins primaires ! Je suis un jeune homme et je viens d’en doubler un autre, mais je n’y tiens plus. Je saute un fossé et bifurque dans une petite allée de buissons et de ronces. J’espère ne pas déclencher d’attentat à la pudeur, ou d’émeutes, selon dans quel camp égotique on se trouve ! Je repars un peu plus légère, ça me donnerait presque la gnaque de courir sans discontinuer, si la boue n’était pas devenue visqueuse depuis quelques hectomètres ! Je prends mon mal en patience en alternant marche et trottinement. Heureusement, la rencontre d’un chevalier et de sa damoiselle vient illuminer mon chemin de croix de Pâques.

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Ça vaut parfois le coup de perdre du temps !

Un peu avant Péreille, je suis doublée par Sandra Martin, bout de femme (elle est plus petite que moi!) d’un dynamisme communicatif. En tête du scratch féminin du 70km, je la félicite. « Ouais, on verra à l’arrivée !» me répond-elle. Je la suis quelques centaines de mètres dans une bosse : « Allez, allez ! » m’aide-t-elle. Je relance quand elle relance, puis le chemin redevient plat et je n’ai pas la capacité de l’accompagner davantage. J’emprunte en bord de rivière un passage étroit plein de racines où il faut avoir la pose de pied précise pour ne pas plonger dans l’eau. Je sens quelqu’un derrière moi, je me serre contre un arbre pour le laisser passer. C’est Luis Alberto Hernando, champion du monde de trail 2016, qui m’encourage à son tour. Je suis fort aise de lui lâcher un petit « Venga venga » en retour ! Certains pseudo-champions pourraient prendre exemple. En tout cas, ça me regonfle à bloc pour quelques instants.

J’arrive au dernier point d’eau du 34è km sous un beau soleil, applaudie par les villageois. Alors que j’ai l’habitude de finir mes courses plus rapidement que je ne les commence, à partir d’ici le mental doit prendre le relais pour les 6km D+500m restants car je commence à être passablement défraîchie… Certes la course est éprouvante, mais je paie surtout ma mauvaise alimentation du jour, et plus largement de ces dernières semaines, pas du tout appropriée pour préparer un effort de plusieurs heures. Je repars dans les cailloux instables, accompagnée de quelques coureurs aussi blêmes que moi. Nous montons jusqu’à Péreille où je suis photographiée. « Ça devient compliqué de rester digne devant l’objectif là ! » Une courte descente de 800m m’emmène jusqu’au pied du « mur de Raissac », +250m sur 1km. Je me hisse en haut en vingt-cinq longues minutes, pensant pouvoir dérouler tranquillou bilou jusqu’en bas ensuite. Mais que nenni ! Une horde de roches saillantes parsème la crête. Mes plantes de pieds, avec l’humidité, sont endolories. J’étouffe un cri à chaque pas sur une tranche dure. Je ne sais plus s’il vaut mieux marcher pour avoir moins mal, ou courir et avoir mal mais moins longtemps ! Je suis doublée par Lauriane B., qui a l’air « facile ». Je me dis que je ne suis pas là pour randonner, je me remets à trottiner. A la lutte avec moi-même, je ne suis plus vraiment lucide. Je partage mon supplice sur 3km avec un jeune homme qui m’assure ne pas pouvoir aller plus vite non plus. « Ce qui m’inquiète, c’est qu’on est au 39è km et qu’on n’entend toujours pas le speaker… » lui avoué-je. « On va dire qu’on a le vent dans le dos ! » Effectivement, 500m plus loin, nous tombons sur la croix de Sainte-Ruffine, marquant le début de la brève mais très abrupte descente vers l’arrivée. Une corde est tendue, mais je m’en passe, la terre n’étant pas si glissante qu’imaginée, et les quadriceps résistant encore. Une dizaine de mètres de bitume, une volée de marches… et je franchis la ligne d’arrivée, après 7h02 d’efforts, où le speaker félicite « les féminines qui ont le sourire et qui n’ont pas l’air marqué » Euh… la bonne blague ! Je me rue sur le buffet, j’ai enfin faim !!! Je rejoins Pauline, Leslie et Fabien qui m’attendent au soleil. Après un coup de jet d’eau, avoir récupéré notre T-shirt « finisher », nous nous attablons en terrasse d’un pub pour manger gras-salé-et-sucré, sur les conseils de Leslie assurant que la bière est bonne pour la récupération et nourrissante puisqu’elle contient du sucre ! Logique ! On aura bien rigolé quand même !

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Bilan

  • Je suis évidemment satisfaite d’avoir fini sans vrai pépin ce parcours exigeant, mais vraiment varié. Rien à voir avec le 22km réalisé en 2016 que je n’avais pas trop apprécié. Il y a eu beaucoup de casse sur les différents formats. J’ai dû m’arrêter quatre fois pour m’assurer que la personne blessée avait prévenu les secours ou pour savoir si elle voulait que je reste. Petite pensée pour ces coureurs pour qui la saison démarre mal.

  • Je termine en 7h02’39 », 4 » après Lauriane B., derrière qui je finissais le marathon des Causses il y a un an et demi. Nous ne nous connaissons pas, mais j’ai trouvé la coïncidence amusante. Je finis 369è/572 au scratch (+25 personnes mises hors course), 41è féminine sur 118 et 21è senior féminine sur 50. C’est un de mes meilleurs classements (ne riez pas vous au fond !). Comme quoi les conditions un peu extrêmes me réussissent. Comme on se l’est répété tout le week-end : « On n’est pas bien quand même ! »

  • Je peux compter sur mon mental dans les moments laborieux. Je parviens à créer ma bulle, et j’espère continuer à progresser en « auto-hypnose/sophrologie » pour les épreuves longues.

  • Mon alimentation est à revoir, j’ai régressé de ce côté. Je n’ai quasiment pas mangé sur les courses préparatoires de 25km. Sur 40, ça ne passe plus, en tout cas pas aujourd’hui, j’étais vidée sur les six derniers kilomètres, je n’avais jamais connu un manque de lucidité aussi important. Sans prise de tête, je vais remettre de l’ordre, et davantage de choses saines dans mes intestins ! P.S. : Je ne pense pas qu’une bière la veille de la course y change quoi que ce soit 😉

  • J’ai peut-être mal choisi mes chaussures (mes vieilles Peregrine 6) qui m’ont accompagnée sur les courses et randos préparatoires courtes et boueuses, mais qui furent moins confortables à partir du 30è km aujourd’hui. Ceci dit, j’ai eu les pieds trempés du début à la fin, donc j’aurais sûrement eu mal avec une autre paire. Ça m’a vraiment handicapée sur les cinq derniers kilomètres caillouteux.

  • Autre chose qui m’attriste car je pensais avoir trouvé la perle rare en termes de rangement : cela fait deux sorties en T-shirt que mon sac Ultimate Direction me brûle le dos. Je vais sûrement devoir retourner chez Salomon-vous-êtes-juif…

  • Il me tarde tellement de revenir en montagne et de me cogner des côtes de plus de 1000m d’un pét’ !!! Ça me manque mentalement, et musculairement, même si je n’ai pas trop mal encaissé les 2000m.

Au final, on aura passé un chouette week-end. On a bien fait de ne pas faire demi-tour à Saint-Girons !

Merci à Leslie pour la logistique et ses théories éthyliques !

Merci à Maë pour les panneaux d’encouragement et les messages !

Et merci à l’organisation et aux bénévoles bien entendu…

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4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Runner Flower dit :

    Superbe article, bravo… je ne connaissais pas la théorie sur l’alcool la veille des courses, il faudra que j’essaye !

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    1. boutentrail dit :

      Merci. Une théorie à ne pas mettre entre toutes les mains 😅

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  2. Yvan dit :

    Si j’ai bien compris, je ne t’ai pas pris en photo parce que j’étais en train de manger ?! Dommage.
    Bravo pour ta course ! Récit toujours aussi agréable à lire.

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    1. boutentrail dit :

      En train de manger et de boire un petit coup si j’ai bien suivi !! Merci !

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