XL Race Annecy – 87km +5000m / 2 jours

Mon « défi 30 ans » me fut fortuitement révélé par Pauline le 4 octobre 2017 à 22h27 pétantes sur Messenger via une discussion de groupe où elle omit que j’en faisais toujours partie. Cela annonçait la couleur : cette course en deux étapes de 42,5km +/-2500-2600m allait être une vaste blague ! A tout juste six semaines du Célestrail, elle était judicieusement placée sur le calendrier. Malgré le fait qu’elle tombait en même temps que la sacro-sainte fête de la Trinité, nous partions à quatre Limbréts + la team Tché-Reportrail découvrir les collines entourant la flaque d’Annecy.

Début mai, je subis une baisse de motivation : météo, travaux, boulot, bobos… Je cumule moins d’entraînement pour affronter les deux « maratrails » successifs que pour le Marato andorran l’an passé. Soit trop neuves soit trop abîmées, je n’ai pas de paire de chaussures dédiée aux longues sorties. Cerise sur le pompon, je me prends une énorme crêpe sur une dalle humide à huit jours du départ, me valant quelques beaux hématomes et contusions que j’emmènerai dans mes valises en Haute-Savoie. Bref, je ne suis vraiment pas sereine. Mais par rapport à Pauline qui a couru – et marché ! – 250 bornes depuis le 1er janvier, et à Guillaume qui s’est fêlé le croupion cet hiver, je semble mieux armée. « Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console. » – Talleyrand. Quelle belle citation, je vais la mettre sur mon compte Instagram ! Je n’ai pas l’ambition d’améliorer mon temps sur marathon mais seulement de passer la – les – ligne d’arrivée sans gros pépin, engranger des kilomètres et de l’expérience sur ce nouveau format, et surtout d’en prendre plein les mirettes sur les terres « grand-maternelles » avec les copains… et je croise les doigts pour ne pas trop souffrir.

Nous partons le jeudi en fin de matinée avec le van des parents de Guillaume. Nous faisons bonne route jusqu’à ce que, vers Valence, Fabien remarque le voyant moteur allumé. Premier gag ! Après quelques appels et l’extrapolation de la douille que Guillaume va prendre, nous faisons halte à la première concession. Ouf ! Ce n’est pas si grave ! Et pas si onéreux, pour le moment…! Nous atteignons finalement Annecy vers 19h pour récupérer les clefs de notre camp de base, à quelques minutes à pied du village de la Maxirace. Il fait beau et chaud, nous sommes une nouvelle fois subjugués par la beauté et la paisibilité des lieux. Nous profitons de notre première soirée « touristes » dans la vieille ville autour d’un burger du Roster avec les copains kinés de Guillaume que nous ne parvenons pas à soudoyer pour un massage entre les deux étapes…

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Vendredi, nous sommes debout à 6h afin de prévenir nos organismes de nos réveils très matinaux du weekend : Attention ! Ca va piquer ! C’est parti pour une demie-heure de footing à jeun en bord de lac : qui l’eut cru Lustucru ?! Nous brainstormons tant que nous sommes frais et dispos afin d’organiser au mieux nos repas et ravitos des prochains jours. Nous sommes assez efficaces lorsqu’il s’agit de manger ! Après le déjeuner, nous récupérons nos dossards. Ramenée aux tarifs d’inscription, la dotation de départ est maigre : un sac zippé contenant un verre en plastique, une canette de bière et une bouteille de Gatorade… Nous apercevons Messieurs Guillon et D’Haene : la promotion va bon train ! Notre curiosité est attisée devant un stand de compotes de fruits : Ultimum Sport. En remarquant celle au pruneau, je tique et plaisante avec le représentant-producteur : pour un effort long, cela semble osé… Il m’explique alors que le fruit, pas complètement séché, ne présente pas ses fameuses propriétés laxatives. La conception se fait dans la région d’Agen, sans additif. Fabien connaît déjà et en est content. Au bout d’une demie-heure nous pourrions racheter le fond de commerce ou être engagés comme commerciaux (« Si ça ne vous dérange pas j’en goûterais bien une petite dernière… »), nous prenons quelques gourdes pour les tester sur la course. Je parie déjà sur des pompes qui ont tout juste 11km au compteur, alors un peu plus ou un peu moins de risques… ! Nous nous dirigeons vers la sortie. Quelques tentes plus loin, nous sommes interpellés par le Lot-et-Garonnais : « Vous n’avez pas oublié quelque chose… ? » en nous tendant nos compotes. Belle bande de boulets américains ! Sponsoriser les sponsors, c’est fort… Après une charge glucidique au Palais des glaces, un autre brainstorming où Fabien nous sauve : nous demandons à Kévin et Clémence venant à Annecy de conduire le van à Doussard où ils logent, et où, en principe, nous arriverons le lendemain en fin de première étape. Toute une logistique, mais pour éviter l’option navette à 2×10€, il est nécessaire de gamberger ! Motivés pour terminer au moins le premier marathon, Guillaume briefe Pauline sur les barrières horaires. Il est convenu qu’il l’encordera à lui pour l’aider à rejoindre l’arrivée. Pauline annonce que si elle finit les deux étapes, elle nous invite au resto ! Nous aimerions bien courir les premiers kilomètres ensemble tous les quatre, histoire de la mettre sur la bonne voie… L’heure tourne vite : finalisation des sacs, repas, brossage de dents, et il est déjà 20h45, l’heure d’aller au lit !!! Malgré la luminosité, je lis deux pages de Vernon Subutex et m’endors relativement vite.

Samedi, 3h30 : driiiiiiiing !!! « J’ai beau être matinale, j’ai mal. » Je saute du lit et prends l’intervalle pour filer sous la douche. Le petit-déj est copieux : porridge poudre d’amande/coco/choco/banane sans micro-ondes 😉 , œufs au plat, jambon. De quoi tenir un bon moment. Pas de grosse effervescence, les paupières de mes compères sont lourdes également. Vers 5h nous avons revêtu nos habits de lumière et sommes prêts à rejoindre la plage d’Albigny, surpeuplée. Nous assistons au départ du 85km dans le flou de la nuit noire et obscure. Nous retrouvons Kévin muni de sa GoPro. Nous sommes près de 900 partants à 5h15, toutes courses confondues. Le coup de pistolet est donné alors que nous ne sommes pas encore entrés dans le SAS… Nous nous souhaitons force et honneur, et trottinons le long de la berge. J’ai pris de l’avance, j’attends les Rossignolos. « Désolée j’ai eu peur de me faire piétiner ! » Au bout de 3km de plat, nous entrons dans les bois pour débuter la loooongue ascension du Semnoz. Peu à peu Fabien et moi lâchons Guillaume et Pauline. Nous discutons, doublons de ça de là, tranquilles. Le lac se dévoile entre les branches au lever du jour, c’en serait presque romantique si nous ne sentions pas déjà la sueur. Pause photo, nous ne le reverrons pas de sitôt…

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Nous rangeons très vite nos frontales. Au bout de trois quarts d’heure dans la forêt, Fafou fait un arrêt aux stands hors piste assez conséquent… Je l’attends cinq-dix minutes. Les deux cousins nous rattrapent, ça chambre, apparemment le balisage n’était pas suffisamment serré… Nous les ressemons sans le vouloir. Fabien prend le large, je ne parviens pas à dépasser tout de suite pour le rejoindre. Du coup j’accélère par à coups : petit fractio ! Ca bouchonne pas mal dans le peloton. Il fallait courir plus vite ! Ou moins vite : nous apprendrons plus tard que les deux loulous n’ont pas été embêtés. Je me fais la remarque qu’on me laisse moins facilement dépasser que Fabien. Misogynie ? « Ca va Laure ? » lance Fabien. Je lui réponds sans filtre : « Je me fais ch… » Allure et parcours lents et monotones. Le but est d’en garder sous la pédale. Des coureurs sont déjà marqués. Je suis étonnée car la pente est modérée, le sentier pas du tout technique et la météo clémente pour le moment. Pensant à la chaleur attendue l’après-midi, j’essaie d’anticiper en buvant et mangeant très régulièrement. Je manque de m’étouffer plusieurs fois avec des bouts de jambon blanc : il n’est pas aussi bon que celui de Barés de Juzet ! Fabien me demande : « Tu sais si on fait autant de D+ que de D- aujourd’hui ? «  « Bah… Annecy et Doussard étant à peu près à la même altitude du lac, à 50m près, oui. » « Ah oui, c’est de niveau… » Un monsieur le taquine : « En principe, le lac, oui… » Des panneaux annoncent les tronçons à venir : prochaine barrière horaire à 9h30 pour la XL Race. Nous traversons un campement de tentes igloos juste avant de grimper au sommet. J’y ferais bien un petit somme, j’ai vraiment du mal à émerger ce matin… Deuxième pause photo à la croix du Semnoz. Nous glissons vers le ravito solide marquant la première barrière horaire au 18è km, la plus serrée du weekend. Nous refaisons le plein lorsque Guillaume entre sous la tente. Cool ! Mais sans Pauline… « Je l’ai laissée, j’avais peur de ne pas passer la BH. Elle est dans le dur… » Il a à peine le temps de manger un bout qu’un bénévole crie : « Dernier pointage à 9h en sortant, dépêchez-vous, plus que dix minutes ! » WHAT ?! Pas cool pour ceux qui se sont fiés aux pancartes… Nous attendons jusqu’à 8h55 lorsque nous apercevons la dégaine caractéristique de Pauline en train de dévaler le talus. «¡ Vamos ! » Nous l’encourageons et lui crions de venir rapidement badger à la sortie de la tente. Elle nous rejoint cahin-caha sans avoir le temps de se ravitailler. Après un sandwich et une pause pipi, nous empruntons une large piste caillouteuse descendante où nous attendons Pop’s tous les 300m. Un monsieur lui demande si elle cherche des cèpes…

 

 

 

 

Le chemin serpente et se rétrécit, on se croirait presque dans les bois du Gar ! Ses pierres humides le rendent joueur, surtout quand on teste de nouvelles semelles et qu’on s’est pris une vautre dans les mêmes conditions dix jours auparavant ! Fabien manque de chuter une ou deux fois. « Je reste derrière toi, je te verrai tomber au moins ! »  lui lancé-je. Malgré ma prudence, je glisse également. Guillaume surenchérit : « Je vais rester derrière vous deux !! » Nous ne nous privons pas de railler Popo chaque fois qu’elle nous rejoint. Nous profitons de notre rythme de sénateur pour ramasser des détritus à la pelle… Nous atteignons le ravito liquide de Saint-Eustache au 27èkm. Nous nous asseyons sur un banc à côté d’une fontaine où jouent des enfants. Je me « noke » les pieds.

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Je trempe mon bandeau dans l’eau : il commence à faire chaud ! Un bénévole nous charrie : « Il va falloir y aller ! Vous n’avez pas l’air de courir beaucoup ! » En effet, il serait temps… Mais Pauline a toujours faim, elle qui picore à table ! Au bout d’un quart d’heure, nous reprenons enfin le chemin, qui regrimpe doucement, puis se fait plus raide sur deux ou trois kilomètres. Ce n’est pas le pire mur que j’ai escaladé, mais nous nous aidons des bâtons. Nous distançons Pauline de plus en plus. Fabien et moi arrivons au sommet du col de la fée Cochette. « Ouf ! C’est le cimetière des traileurs ici !» m’exclamè-je à la vue des coureurs allongés bras en croix. Personne ne moufte… Guillaume nous talonne à 2-3 minutes. Mais plus de trace de Popo… Nous faisons une pause. Les compotes d’Ultimum passent bien, même au bout de 33km. « Avec notre mode rando, faudrait pas qu’on se fasse tous avoir et qu’aucun d’entre nous ne passe la dernière BH… » dis-je. Nous enfilons nos sacs et nous apprêtons à basculer dans la pente lorsque, juste à temps, un Buff et une paire de lunettes connus pointent le bout de leur nez… « I’M BACK !!! » crie Pauline, les bâtons lévés au ciel ! « Aaaaah, trop cool, ça va mieux ! Je me suis bien reposée dans la montée ! » De quoi achever les traileurs en train d’agoniser… Quel sketch ! « Allez, on t’emmène jusqu’à la dernière BH ! » Il reste trois kilomètres de descente juqu’au bip du 36è km. Remplie de racines et de cailloux, elle est cassante pour les fibres des quadris et les pieds commencent à s’échauffer. Bref, assez éprouvante. Nous passons la BH et nous ruons sur la rampe d’eau. Je me rince abondamment : visage, aisselles, aines, en évitant les pieds sujets aux ampoules. J’essaie de m’accroupir pour mouiller mon dos avec le filet d’eau à un mètre du sol, façon ours qui se gratte à un tronc. Un bénévole essaie de me relever, il croit que je fais un malaise… Je devais faire peur !! Je m’adosse à un muret pour me crémer les pieds à la Nok. En enlevant une chaussette, début de crampe au mollet droit, qui passera aussi vite qu’elle est venue. Ouf ! Mission accomplie, nous laissons Pauline. Elle nous assure qu’elle nous retrouvera à Doussard. Nous entamons donc la dernière partie de la descente à trois. Elle est du même acabit que la première.

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Guillaume est en délicatesse avec un des ses genoux et ralentit. Fabien me demande si ça va : « Marre, chaud, mais on tient le bon bout ! » Nous traversons La Thuile, ça sent bon l’arrivée ! Nous passons le panneau « Doussard, 3km », malheureusement de plat, et sur le goudron qui réverbère la chaleur. J’ai les pieds « in fire », mais pas dans le bon sens du terme ! J’alterne marche et course. Une boucle à travers pré nous emmène sous l’arche, passée après 9h d’effort pour 43,5km +/-2400m à ma montre. Je suis rouge comme un gratte-cul. Qué calou ! Nous entrons dans le gymnase de Doussard et goûtons en attendant les Rossignolos. Clairement, si nous devions repartir pour finir le tour du lac comme les « Maxiracers » du 85km, ce serait très compliqué. En même temps, nous étions conditionnés pour nous arrêter ici. Pauline et Guillaume en terminent une vingtaine de minutes plus tard. Première étape du défi : check ! Nous rentrons sur Annecy. Les pattes sont lourdes malgré notre faible vitesse. J’ai mal aux épaules et aux pieds mais pas du tout à la main qui m’embêtait depuis dix jours : ah le psychosomatique ! Nous faisons un détour au village de la course pour y rencontrer les copains de Guillaume. Malgré nos encouragements, nous sommes assez fraîchement cueillis par l’équipe du Luchon Aneto Trail quand nous leur annonçons que nous retournons en Andorre en juillet. Bah nous n’allons pas échanger nos dossards. Nous faisons un plouf dans le lac en guise de cryothérapie, mais l’eau n’est pas très froide. Guillaume a le releveur du pied qui ne relève plus grand chose…

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Nous faisons semblant de nous étirer, une mini-séance d’électro-stimulation, nous nous hydratons, nous enfilons nos bas de contention… Ces touches… ! Il est rapidement l’heure du repas. Pauline nous offre des petits gâteaux de réconfort. Puis vient celle du coucher. Oui oui, toujours à 21h ! Mais ce soir, personne ne demande son reste : nous sommes tous vannés !

Dimanche, 4h : driiiiiiiing !!! J’ai beau être de plus en plus matinale, j’ai très très très mal !!! J’ai des valises sous les yeux au moins suffisantes pour faire le tour de l’Europe, peut-être trop pleines pour ce second demi-tour de lac… Les jambons tirent un peu, les trapèzes bien davantage. Mais je n’ai pas le temps de m’apitoyer, quand faut y aller… Nous (re)prenons le van, direction Doussard. Guillaume boîte bas, il attire quelques regards condescendants dans le SAS. Les Rossignolos ont pour objectif d’aller à la Forclaz au 9è km et de redescendre. Nous retrouvons Kévin. Il va partager sa course avec sa douce qui part un peu plus tard. Le second coup de feu de la XL Race est tiré à 6h30. Mes poteaux essaient tant bien que mal de suivre Fabien et Kévin sur la route. Les garçons font une halte à l’ébauche de sentier pour attendre Pauline et Guillaume. Je préfère prendre de l’avance car le début de course est difficile pour moi. Je commence à grimper en sous-bois (encore). J’entends le départ du marathon. Déjà une heure d’effort. Plantée par la SNCF la veille, une concurrente accoste un coureur afin de négocier un partage de Blablacar le lendemain, ça me fait halluciner. Je comprends son anxiété, mais à ce moment-là, je l’aurais bien renvoyée dans ses 22 ! Ca a le mérite de me distraire deux minutes. J’avale 600m de dénivelé à très faible allure. Je n’avance pas, j’ai les paupières qui se ferment toutes seules. Fabien me double. Je le rejoins au premier point d’eau au col de la Forclaz, où nous admirons les premiers marathoniens sprinter là où j’ai du mal à marcher. Je confonds mes bâtons avec ceux d’un monsieur : je n’ai vraiment pas les yeux en face des orbites ! Lorsque nous repartons, les « 3è et 4è du marathon », alias Kévin et Guillaume, arrivent. Ce dernier a le sourire. Je demande à Fabien de continuer sa course, je ne suis pas en mesure de le suivre ce matin. Je suis dépassée par les coureurs du marathon de toute part. Je ne veux ralentir personne. Eux jouent le chrono, moi pas du tout, mais c’est assez pénible de mettre le cligno tous les cinq mètres. Ca casse mon rythme de tortue neurasthénique ! Certains sont très sympas et encourageants, d’autres me déposeraient bien sur ma carapace… Au milieu des estives, je salue les vaches. Malgré le ciel nuageux, la vue se dégage petit à petit sur les premiers pics puis sur des falaises abruptes, dont la Tournette. J’arrive au Chalet de l’Aulp par une large piste calcaire. J’en profite pour prendre des photos. Il commence à y avoir pas mal de supporteurs.

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Une dame souhaite une bonne fête des mères à toutes les traileuses. Petit pincement au cœur. Je suis toujours très en dedans, le regard rivé au sentier. Tentée de suivre le mouvement du peloton de marathoniens, je grimpe bouche fermée pour ne pas hyperventiler. Je n’ai fait qu’une douzaine de bornes. La pente s’accentue. Je m’arrête à une épingle pour contempler le paysage. Une marathonienne fait la réflexion : « C’est dommage qu’on n’ait pas trop le temps de s’arrêter. » « Oh moi je ne suis pas attendue à midi pour le déjeuner… » Et puis entre finir 378è et 386è… Tout est prétexte à la pause : photos, soif, faim, marathonien qui double… Je me répète en boucle qu’à part la fatigue, tout va bien : je n’ai mal nulle part, je n’ai pas encore de cancer diagnostiqué, je suis en vie et il faut en profiter. Je me hisse jusqu’à un passage étroit un peu plus technique dans la roche où l’ambiance est digne du Tour ! Deux mecs nous accueillent avec la musique à fond les ballons. « C’est mou tout ça ! Y a-t-il des grévistes de la SNCF ?! Si oui, vous suivez en haut à gauche ! » (le vide) « Nous gardons les pilotes d’Air France ! » Ils nous secouent un peu en nous appelant par nos prénoms. Fabien aura droit à un « Allez Fabienne ! Te laisse pas impressionner ! Allez Tiffany, tu réfléchis trop ! » Ca rebooste. Je m’arrête trente secondes en haut pour prendre le lac en photo puis replonge dans la descente.

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J’ai envie de faire pipi. Je m’arrête derrière un bloc de 80cm. Difficile de ne pas montrer ses fesses ici… Je suis une piste, pas vraiment technique mais qui impose la concentration entre pierres humides, boue et névés persistants à l’ombre. Je suis doublée sans cesse. Par moments je suis le mouvement pour me rappeler qu’il me reste encore plus de la moitié du parcours à finir. Je sens mes cuisses chauffer, mais rien de méchant. Je pense à tout et à rien, aux potes, aux bons moments, aux épreuves surmontées. Je construis ma bulle. A l’instar de Popo en montée, je me refais la cerise en descente. J’arrive au ravito liquide de Villars-dessus au 21è km. Il y a un monde fou, il m’est difficile d’accéder à la rampe d’eau. Je ne me précipite pas, je me fais méticuleuse : je remplis des flasques, je mange, je me badigeonne les petons. Un coureur me demande si je ne veux pas lui masser les pieds. Euh, et ta sœur ? « Je te laisse le caillou sur lequel je suis assise, pour le reste, tu demandes à ton pote… » Je me laisse glisser vers le ravito solide de Menthon-Saint-Bernard, où tous les supporteurs attendent leurs poulains. Moi ça fait un bail que je suis solo, sans nouvelle des autres ! Une bénévole m’arrose la tête d’eau fraîche. Je remplis à nouveau mes flasques et ma poche. Je n’ai plus de « boisson énergétique ». Je rentre dans le gymnase où je bois beaucoup : St-Yorre, Pepsi, soupe de pâtes. Je croise Clémence, en forme, puis Kévin, qui mange !! Il me dit que Pauline a le parcours « dans la tête », mais il ne sait pas si Guillaume peut finir ou non à cause de douleurs. J’envoie un message Messenger : « Allez les loulous, on ne lâche rien !!! » Je repars, sous le château. Un monsieur nous alerte : la fin du parcours est très difficile, surtout avec la chaleur, il faut s’économiser. « Marchez ! » Dont acte. J’accède à une fontaine où je replonge mon Buff. C’est parti pour cinq kilomètres de montée dans la forêt du Veyrier. Contre toute attente, je double, toujours lèvres cousues ! Les jambes répondent mieux que ce matin. Je passe la dernière porte horaire du 36è km très sereinement. Les Rossignolos n’auront pas droit à ce dernier ravito en eau, faute… d’eau ! Je fais une pause avant la dernière bosse. Il faut absolument que je m’arrête faire pipi avant la descente, mais les troncs ne sont pas très larges ! La misère d’être une fille sur ce trail ! Je me cache derrière un fourré, je suis toujours à la limite de l’attentat à la pudeur… Quelques centaines de mètres plus loin, nous surplombons Veyrier-du-lac et la flaque. C’est superbe. Pause photo bien méritée.

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Un coureur avec un T-shirt « Swim Bike Run », un peu excité, quémande une pastille de sel. « Bah tu n’as qu’à lécher tes avants-bras » lui répond un autre. A la guerre comme à la guerre ! Le triathlète me doublera un peu plus loin dans la descente en hurlant « Hihaaaaa !!! » « Euh il n’y avait pas que du sel sur tes bras toi… » Je reste concentrée sur la pose de mes pieds sur les six kilomètres jusqu’à la passerelle au-dessus de la route d’Annecy. Avec la chance que j’ai, je suis capable de me prendre les pieds dans le tapis, si proche de l’arrivée ! Un coureur du marathon est en train de vomir tripes et boyaux, assis sur le bas-côté. Ce n’est pas la canicule mais on a vite fait de se déshydrater. Nous prévenons un signaleur 500m plus bas. « Héééé merde… » Hé oui comme tu dis mon p’tit… Je descends le caillouteux chemin « de la montagne » et atteins le passerelle. Je serre le poing : j’y suis ! Je monte l’escalier à petites foulées, la gorge nouée, et descend sur le tapis en rebondissant. Un coureur remarque : « Heureusement qu’il y a des barrières sinon je plonge dans l’eau ici ! » Carrément… Mais il reste un kilomètre de plat. Je serre les dents et me force à courir, et à sourire : I DID IT ! Je suis applaudie par les parents de Kévin et Clémence. Allez, j’accélère sur le tapis rouge. Je saute sur le petit monticule marquant la ligne d’arrivée. Ouaaaah, c’est fait, à allure ultra certes, mais ce n’était pas une promenade de santé ! Fabien m’attend depuis un loooong moment. Il n’a plus de batterie sur son portable, je lui passe le mien pour qu’il joigne Kévin. Après avoir bu et récupéré ma veste « Finisher », nous rencontrons la team Reportrail. Guillaume va bientôt débarquer. Fabien l’accompagne sur trente mètres, nous lui faisons la ola. Pauline est annoncée à quelques kilomètres. Pendant que Guillaume et moi l’attendons, Fabien va chercher le fourgon à Doussard (merci !!!). La dernière Limbréts arrive la langue pendante, mais elle arrive, et en courant ! Quel hold-up ! Nous aurons déjoué tous les pronostics des bookmakers londoniens ! J’ai même droit à une spéciale dédicace au micro du speaker, que je n’entendrai pas… Dégoûtée !!! Un orage menace depuis plus d’une heure. Nous avons juste le temps de faire trempette dans le lac. Nous rentrons à l’appartement où Fabien nous rejoint. Direction le resto de récup’ avec les copains de Guillaume !

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Si je dois faire un bilan sportif perso de ce weekend…

Ce fut une course riche en enseignements, tant au niveau de la gestion du sommeil, de l’alimentation et de l’hydratation, que de la gestion de l’allure. En effet, j’ai tenté de conserver un rythme lent, le rythme que j’aimerais maintenir en Andorre sur le 80km. J’ai également marqué de belles pauses tout au long des deux étapes afin de faire redescendre le cardio, et ne pas oublier de me ravitailler, de beaucoup boire, de prévenir les ampoules (c’est mon péché mignon…). Cela m’a plutôt réussi puisque je finis bien mieux que je ne commence. Je n’ai pas rencontré le même « mur » (hypoglycémie ?) qu’aux Citadelles, ni le premier ni le second jour. Par contre il me faudra embarquer dans mon sac une petite boîte contenant de la poudre de boisson énergétique car l’eau plate fut difficile à assimiler le second jour en fin de parcours.

Bien que je finisse dans les catacombes du scratch avec mes 9h + 9h18, avec 18% d’abandons, je suis quand même très satisfaite de compter parmi les « finishers » ! Je suis classée 280ème/301 arrivants + 67 abandons ou mis hors course, 38ème/50 féminines – 63 partantes, 17ème/21 SEF – 29 partantes.

Malgré les efforts de notre kiné, il me semble que la récup’ « d’entre-deux-tours » fut un peu bâclée, ou aurait pu être plus efficace. Je n’ai pas pensé à prendre de l’huile de massage, cela m’aurait bien aidée. Je suis rentrée au pays avec des contractures. Je n’en avais jamais eue. Fruits des déséquilibres liés à ma chute ou séquelles de la course : un peu des deux ? Par ailleurs, une sieste de 20-30 minutes le samedi après-midi au lieu du tour au lac m’aurait fait du bien, car au final j’ai davantage souffert de la fatigue générale que d’un pépin physique précis.

Il faut que je pense à mettre de la Nok ou à rembourrer mon sac car je me suis brûlé le dos une nouvelle fois. Ce n’était pas douloureux pendant la course, mais après. Idem pour l’épingle sur le T-shirt qui a frotté sur mon ventre… Plus jamais ! Pieds nickels néanmoins malgré mes chaussures neuves. Vive la Nok ! Plus jamais un départ le corps en vrac également… C’était un pari risqué.

Apprendre un minimum le parcours serait un plus aussi, histoire de savoir à quoi s’attendre… Là c’était vraiment freestyle, je ne me suis même pas préoccupée des BH. Les autres les connaissaient pour moi 😉 En Andorre il me faudra réviser.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Benoit dit :

    Ravi que les gourdes Ultimum vous aient accompagné au mieux pendant cette XL Race d’Annecy !
    Merci pour votre passage sur notre stand et bonne chance pour vos prochains défis ! 😉
    L’équipe Ultimum

    J'aime

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