Gavarnie 360 – 38km +2150m

Mi-mai, je me demande s’il est bien raisonnable de caler une course deux semaines après la XL Race. Mais je ne me vois pas non plus gambader 40km en solo en autonomie, avec encore de la neige molle à 2000m, restreignant considérablement mon terrain de jeu sécurisé. Deux parcours me font de l’oeil : le 35km du Cagire et le 45km de Gavarnie. Ce dernier étant à 2h15 de route, je n’irai que si mon Dou m’y accompagne. Je lui propose de partir dès le vendredi matin pour nous promener ensemble tant que j’ai les cannes opérationnelles. Contre toute attente, il accepte. Je me mets en quête d’un dossard, mais hors de question de le payer à prix d’or. En effet, l’organisation s’est légèrement enflammée sur les tarifs (55€ pour le 45km), et ce n’est pas le repas inclus qui les justifient à mon sens. J’en dégote un deux jours plus tard sur Facebook, à un coût plus modéré. Evidemment, il n’y a plus aucun logement libre sur Gavarnie, terminus de la vallée. Nous irons donc en fourgon, matelas à l’arrière. La récupération après la XL Race fut correcte : vélo, barbotage, ostéo (première rangée des os du poignet antéro-versée…), et footings en endurance fondamentale. Les sacro-iliaques tirent un peu, j’ai une petite contracture à un ischio, mais finalement rien de méchant. Dans la semaine, l’organisation annonce des modifications de tracé sur les courses passant au-dessus de 2000m. Il n’y a que les innocents qui croyaient encore passer à la Brèche de Roland. Mon parcours est réduit à 42km et 2660M de D+/-. Let it be… Let’s go !

Malheureusement, la météo est contre nous. Nous partons donc vendredi après-midi, et arrivons sur Gavarnie vers 17h. Il pleut. Concernant le weekend balade en amoureux, j’ai vendu du rêve ! Il y a déjà du monde, mais ce n’est rien comparé aux heures suivantes. Par chance, Laurent parvient à se garer au plus près des tentes de l’orga. Au retrait des dossards, petite anecdote sympa. A mon inscription, j’avais coché la taille XS pour le maillot offert/acheté. Quand la bénévole me le montre, je remarque qu’il est grand en fait. « Oh, il devrait y rentrer quand même ! » Euh, qui ça « IL » ? C’est moi qui cours ! Je ne dois pas encore être assez affûtée. A notre retour au van, nous nous ferons dégager de notre place de parking par un monsieur qui condamne la zone. Il a dû apprendre cet après-midi que 4000 coureurs étaient attendus… Il lance à une collègue : « Les gens ne comprennent pas qu’il ne faut pas se garer là. »  Nous pigeons globalement bien du moment que c’est marqué quelque part… Il nous invite à stationner « plus haut », sans précision, ou dans le village. Nous lui demandons si c’est payant comme à l’accoutumée. Pas de réponse. Nous trouvons une nouvelle place « plus haut », à plat dans un large virage, pas trop loin du départ : je pourrai le rejoindre en trottinant demain matin. Il y a de nombreux véhicules. Un petit village de vacances s’organise doucement sous la bruine…

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Nous allons faire un coucou au cirque, puis nous nous dirigeons vers les tentes pour la Pasta party. Le plateau n’est pas fou-fou pour 10€ (!) mais ça se mange. Nous retournons au camion. J’organise mes affaires dans l’habitacle afin de ne pas réveiller Laurent le lendemain matin. A 21h, je suis dans mon duvet, prête à assommer mon oreiller. Avec un réveil prévu pour 4h20, j’ai la chance de m’endormir vite. Mais dans la nuit, plusieurs coups sur la tôle et sur celle des autres véhicules nous réveillent en sursaut. Je regarde l’heure : 1h15. Laurent passe la tête au-dehors. Un CRS nous presse de déplacer le van car nous bloquons l’accès au col aux navettes qui démarrent leur service à 2h. D’une part ce n’est pas vrai, et d’autre part : putain de bordel de merde, nous sommes garés là depuis 18h la veille ! Personne, aucun panneau ne nous l’a interdit ! Laurent prend le volant en caleçon alors que je suis toujours couchée à l’arrière dans mon sac de couchage. Au bout de quelques minutes, il coupe le moteur et me rejoint. « Je te descendrai demain matin, on s’est pas mal éloignés. » J’ai envie de faire pipi. Je regarde vite fait dehors : il y a des ultra-traileurs qui se préparent déjà, je n’ose pas sortir. Puis Laurent se met à ronfler. Bref, jusqu’à la douce sonnerie du réveil, je ne me rendormirai pas vraiment. Enjoy !

Vers 4h, je m’habille à la lueur de ma frontale et vais déjeuner à l’avant. Je me force un peu, ne connaissant pas la teneur et la qualité des ravitos annoncés. Je me Welede les pieds (ie. hydrater ses pieds à l’huile de massage Weleda : je welede, tu weledes, il welede…), ayant laissé la Nok (je noke, tu nokes, il noke…) dans mon sac à l’arrière. Il pleut des cordes. Je m’habille en conséquence : veste Gore-tex et pantalon de pluie, au moins jusqu’au départ. Il fait nuit noire, je ne sais pas où nous nous trouvons, c’en est presque glauque. Tant pis, je réveille mon Dou. Il me redescend jusqu’au tournant où nous étions garés jusqu’alors. C’est le binz sur la route. Nous nous souhaitons une bonne journée et je saute du camion. Je descends vers le village. Direction les toilettes et le point d’eau pour remplir flasques et poche. Il est 5h20. Je prends mon temps, j’organise méticuleusement mon sac. Je me noke le dos et les pieds, je bois, bref, je reste au sec le plus longtemps possible. 5h40, allez, je rejoins la ligne. C’est la cohue. Surprise : il faut faire contrôler son sac. TOUT son sac ! Là aussi, c’eut été bien de nous prévenir à la remise des dossards ! Je lirai après coup sur Facebook (l’endroit idéal…) que les organisateurs conseillaient de se pointer 2h avant le départ. Ils sont taquins ! 5h55, je sors du contrôle, juste à temps. Le speaker nous annonce alors que le parcours a été une nouvelle fois modifié. Nous ne passerons pas par les pics escomptés à cause du vent. Et que nous partirons une demie-heure plus tard vue l’affluence au départ. Grosse blagounette. Par contre pas un mot concernant les barrières horaires et les ravitos. Bref ça ne me change pas grand chose, moi qui ne regarde jamais ou presque les parcours mais bon… Nous restons dans le flou.

L’heure tourne et nous prenons enfin le départ vers 6h30. Nous traversons Gavarnie, direction la piste longeant le gave. Malgré la brume, le cirque est majestueux. « Winter has come ». Nous enjambons le petit pont de pierre et retournons vers le village. Ah non, ce n’est pas déjà fini. Nous bifurquons sur une autre passerelle et là, paf dans les dents ! Bouchon avant la première butte ! Je m’en doutais un peu… Enfin, avec plus de 800 partants, c’est plutôt un fécalome. Nous restons immobilisés un bon quart d’heure sous la pluie, et nous courrons à la queue-leu-leu sur une quinzaine de kilomètres sur le single. Les trois kilomètres de plat n’auront pas assez étiré le peloton. J’entends plein d’accents différents : l’événement a attiré du peuple. Le rythme est vraiment tranquille. Moi qui cherche à réaliser une nouvelle sortie longue à un mois du Célestrail, ça me convient, je ne fais pas forcing pour grappiller vingt places… Je ne m’arrête quasiment pas au premier ravito au 5ème km. Je suis d’ailleurs surprise d’en trouver un ici. Le terrain est très boueux, en descente et dévers parfois. Je me colle deux belles glissades sur la fesse gauche. Je ne suis pas la seule voltigeuse, ça patine sévère sur l’herbe couchée et nos pirouettes détendent l’atmosphère ! Nous décrivons une boucle en balcon autour du cirque, c’est vraiment superbe malgré la mauvaise météo. Nous retrouvons les coureurs du 21km pendant quelques dizaines de mètres : nouveau ralentissement. On se croirait sur le périph’ toulousain aux heures de pointe ! Ouf ! nos traces divergent. Nous montons à flanc de montagne. Des gendarmes du PGHM nous alertent et nous guident sur certaines portions. Ah hou, c’est du lourd ! Je ne trouve rien de dangereux ici, même s’il faut toujours rester sur ses gardes. Le tracé se fait plus vallonné ensuite à travers les estives. Nous traversons plusieurs ruisseaux : que d’eau mille dieux… Nous arrivons rapidement au deuxième ravito du Pont de Noël, solide cette fois, au 13ème km. J’entends ici et là que le parcours serait raccourci de plusieurs kilomètres et qu’il en compterait seulement 38 pour 2000m de D+… Dommage. Lorsque je sors de la buvette, il pleut et il vente assez fort. Il manque le grésil pleine face, mais ça me fait penser à la tempête affrontée en Andorre l’été dernier, en beaucoup plus soft. Je fais une petite vidéo, « dédicace » aux Rossignolos. Nous regrimpons un peu, mais les côtes restent relativement courtes. Rien à voir avec le tracé initial ! Sur une piste longeant un cours d’eau qui me rappelle celui près de la Coma d’Arcalis, nous retombons sur l’autre ravito solide au 19ème km… au lieu du 27ème : c’est le schmilblick dans ma tête ! Je crois entendre siffler les marmottes mais je ne parviens pas à en apercevoir une.

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Un panneau indique le nombre de kilomètres restants par course : 19km pour nous. Les rumeurs se vérifient. Pour la première fois en trois ans de courses, je mange un TUC ! Il faut dire qu’il ne reste plus grand chose sur les tables. Un coureur et moi-même chercheons le jambon, une bénévole nous répond qu’il n’y en a plus. « Tant pis ce sera ravito végan » plaisanté-je. Bon ça ne fait sourire que moi… Je marque une pause conséquente afin de me « noker » les pieds. Je ne sais pas si c’est utile car mes chaussettes sont trempées. Je repars avec des ultra-traileurs du 110km. Je dépasse dans la montée en éboulis au col d’Aspé, point culminant de notre boucle.

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Je prends des photos, je suis redoublée, je redépasse… Bref je joue la meuf usante. Je suis contente car je suis encore fraîche. Le paysage derrière nous est sublime, et les sommets surmontés de Chantilly m’évoquent un peu ceux du Landmannalaugar islandais. Encore quelques mignonnes plaques de neige sur le versant sud… Comme prévu, au nord, il en reste beaucoup plus ! Je regrette de ne pas avoir pris mes crampons…

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J’initie mes compagnons de course à la technique du bobsleigh dans les pentes les plus abruptes (ie. sur les fesses). Nous descendons dans la neige de printemps sur environ deux kilomètres. Je me fais la remarque que ça fait un moment que je n’ai pas croisé de bénévole. Pas très sécuritaire, même si j’apprécie l’autonomie. La crête d’Aspé et le col de l’Oule forment un joli petit cirque. Puis nous atteignons une prairie où le balisage est un peu espacé. Je peux choisir ma trace, c’est assez ludique. Le sentier est vraiment sympa à dévaler. Par fierté, deux Catalans se remettent à trottiner lorsque je les double 😉

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J’atteins le dernier ravito en eau au 30ème km. Je réponds in english please à une concurrente britannique qui ne sait plus où nous en sommes. Je lui indique le nombre de kilomètres parcourus et restants. Déjà que ce n’est pas limpide pour les francophones… Je mange une barre pour les derniers kilomètres. Je discute avec des ultra-traileurs qui vont nous accompagner à Gavarnie, pour repartir pour une dernière boucle : ça doit faire mal au casque de revenir au bercail pour le quitter encore ! Le soleil pointe timidement ses rayons lorsque nous apercevons à nouveau le Colosseum.

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Je dépasse pas mal de coureurs du 110 : « Ouh, ça court encore ! » « Ça sent surtout l’écurie pour nous ! » Mais c’est vrai que je suis plutôt en forme dans les deux dernières petites bosses. Je n’ai plus qu’à me laisser rouler-bouler dans le pré vers l’arrivée. Je passe l’arche après 7h47 de course. J’ai conservé la même allure moyenne qu’aux marathons d’Annecy. Je finis à l’aise. Laurent, en me rejoignant quelques minutes plus tard, souligne ma relative fraîcheur : « T’as vraiment couru un marathon ? » Seulement 37,7km +/-2160m à ma montre, mais oui, et les cuissots ont travaillé ! Ce sera suffisant pour terminer le Célestrail ? Verdict dans moins d’un mois…

Des bandas jouent pendant que je me douche à l’eau glacée. Laurent n’ayant pas apprécié l’ambiance régnant au village, nous repartons au pays après un petit détour au cirque de Troumouse, les crêtes dans les nuages également.

To put it in a nutshell…

Malgré les deux modifications et une météo peu hospitalière, un très beau parcours, varié, montagneux, dans un cadre vraiment sublime.

Je reproche vivement à l’orga le flou artistique laissé concernant les places de parking interdites. Un écriteau clair, visible, mentionnant les directives de stationnement et/ou des rubalises interdisant de se garer dans le col auraient été souhaitables. Nous n’avons vraiment pas apprécié être réveillés en pleine nuit… Je n’avais pas lu les indications sur Facebook (est-ce vraiment l’endroit ?) et personne ne nous a indiqué précisément les parkings une fois sur place. Idem pour la demande de présence du coureur 2h avant le départ, ç’aurait pu/dû être répété à la remise des dossards. Ça nous servira de leçon mais c’était vraiment limite.

Les tarifs d’inscriptions et d’options sont largement supérieurs à la moyenne des autres trails du coin. Qu’on nous présente la facture détaillée pour les justifier, que nous comprenions au moins. Café d’avant-course et bière d’après-course payants alors que nombre de trails les offrent un peu partout. Question de point de vue…

Beaucoup trop de dossards vendus sur le « marathon » (1100, finalement 800 partants) et le « semi » (1200), et parcours se croisant, occasionnant d’énormes bouchons dès les premiers mètres de singles. De mon côté je n’avais pas d’objectif de temps, mais c’est toujours dérangeant de piétiner plusieurs longues minutes.

Je trouve assez surprenant que les organisateurs nous aient avertis des premières modifications de parcours dues au fort enneigement seulement le lundi 4 juin, alors que tout Pyrénéen normalement cortiqué avait deviné depuis des lustres que le terrain serait difficilement praticable au-dessus de 2000m en ce début de mois. 

Avec tout le respect que je dois aux bénévoles et à leur investissement, il est regrettable que ce trail n’ait pas pris le temps de grandir. J’espère qu’ils en prendront conscience et j’espère que ce que je considère tout de même comme une superbe course retrouvera une taille humaine, plus adaptée à nos trous du c** de vallées 🙂 Il n’y a pas que le diktat de l’ITRA dans la vie, il y a le bon sens du traileur aussi…

Un énorme merci à mon chéri qui m’a conduite, attendue et supportée durant ces deux jours. Cœur cœur love.

Sur ce, je finirai ce déjà trop long article par un peu de littérature… Attention, changement de plume 😉

 » Jusqu’ici vous avez vu des montagnes ; vous avez contemplé des excroissances de toutes formes, de toutes hauteurs ; vous avez exploré des croupes vertes, des pentes de gneiss, de marbre ou de schiste, des précipices, des sommets arrondis ou dentelés, des glaciers, des forêts de sapins mêlées à des nuages, des aiguilles de granit, des aiguilles de glace ; mais, je le répète, vous n’avez vu nulle part ce que vous voyez en ce moment à l’horizon. Au milieu des courbes capricieuses des montagnes, hérissées d’angles obtus et d’angles aigus, apparaissent brusquement des lignes droites, simples, calmes, horizontales et verticales, parallèles ou se coupant à angles droits, et combinées de telle sorte que de leur ensemble résulte la figure éclatante, réelle, pénétrée d’azur et de soleil d’un objet impossible et extraordinaire. Est-ce une montagne ? Mais quelle montagne a jamais présenté ces surfaces rectilignes, ces plans réguliers, ces parallélismes rigoureux, ces symétries étranges, cet aspect géométrique ? Est-ce une muraille ? Voici les tours en effet qui la contre-butent et l’appuient, voici les créneaux, voilà les corniches, les architraves, les assises et les pierres que le regard distingue et pourrait presque compter, voilà deux brèches taillées à vif et qui éveillent dans l’esprit des idées de sièges, de larges bandes de neige posées sur ces assises, sur ces créneaux, sur ces architraves et sur ces tours ; nous sommes au cœur de l’été et du midi ; ce sont donc des neiges éternelles or, quelle muraille, quelle architecture humaine s’est jamais élevée jusqu’au niveau des neiges éternelles ? Babel, l’effort du genre humain tout entier, s’est affaissée sur elle-même avant de l’avoir atteint. Qu’est-ce donc que cet objet inexplicable qui ne peut pas être une montagne et qui a la hauteur des montagnes, qui ne peut pas être une muraille et a la forme des murailles ? C’est une montagne et une muraille tout à la fois ; c’est l’édifice le plus mystérieux du plus mystérieux des architectes ; c’est le Colosseum de la nature ; c’est Gavarnie. « 

      Victor Hugo              

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. steve brieu dit :

    Je partage le même sentiment que toi sur l’orga. Bonnes continuation !

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