Celestrail AUTV – 83km +5000m

AVANT COURSE

« Elle est décédée. Vous avez compris ? Elle est décédée. » C’est par cette annonce téléphonique que nous sommes cueillis au Pas de la Case ce jeudi 5 juillet. « Elle », c’est Laura, la propriétaire de l’appartement que nous avons loué en 2017 et que nous comptions occuper cette année encore à l’occasion des courses de l’Andorra Ultra Trail. « C’est une blague… ? » Non. Nous réalisons que nous sommes à la rue et que nous devons trouver un logement pour cinq pour le weekend ! Par miracle, Pauline dégote une chambre d’hôtel dans le quart d’heure suivant, à trois minutes à pied du départ de la course. Ouf !!! Les tapas de 17h nous remettent de nos émotions. Nous pourrions créer le hashtag #nonmaiselleestmortequoi tellement nous répétons cette rengaine, un peu choqués.

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Le trail réunissant les peuples, nous dînons avec des copains de Cyril avec qui il a fait un bout de la Ronda dels Cims l’an passé. Autour du menu enfant, ils nous informent que le Celestrail, malgré un kilométrage et un dénivelé similaires, leur semble un cran nettement au-dessus du GRP80 en termes de difficultés. De toute façon, même si nous connaissons quelques sentiers haut-pyrénéens, Pauline, Fabien, Guillaume et moi n’avons jamais couru le GRP et nous ne pouvons dorénavant plus nous échapper ! Nous regagnons nos pénates pour une bonne nuit de sommeil. Les filles sont rapidement bercées dans les bras de Morphée alors que les garçons parlent, parlent, parlent…

Vendredi à 7h, les pétards annonçant le départ de la Ronda nous font sursauter. Je resombre pour quelques heures. Après un petit-déj dans la chambre ou au café, nous récupérons nos dossards ainsi que les cadeaux pré-course. Le T-shirt et les manchettes sont top !

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Nous vérifions notre matériel une énième et dernière fois. Cyril, expérimenté et très prévoyant, nous inquiète un peu. Il a considérablement allongé la liste de matériel obligatoire. Il prend même un lacet en cas de casse. J’ai pensé à tout un tas de choses, mais pas à ça ! Allez, je croise les doigts… Nous le laissons manger sa popote au-dessus de la cuvette des WC alors que Pauline, Guillaume, Fabien et moi partons au resto. Côtelettes d’agneau pour Pauline et Fabien, paëlla valenciana pour Guillaume et moi. Ces détails sont importants pour la suite de l’histoire ! Nous rentrons à l’hôtel pour une sieste. J’ai le cœur qui tape fort, l’effervescence commence à monter. Je m’assoupis quelques minutes mais suis réveillée par Cyril. Décidément nous n’avons pas le même rythme ! Fabien et moi rejoignons Woody, les deux Christophe, Nicolas et Hugo au bar devant France-Uruguay. Le match permet de nous divertir et la victoire des Bleus est confortante. Direction le briefing où nous n’apprenons finalement rien que nous ne sachions déjà, puis nous déposons nos sacs de base de vie. Nouveau resto puisque nous ne pouvons pas cuisiner nous-mêmes. Nous nous lâchons un peu : entrée-plat-dessert, nous sommes chargés à bloc en glucides ! Pauline et moi nous reposons plus ou moins alors que les garçons vont assister au départ du Mític. L’heure tourne vite. A 23h, nous nous retrouvons caparaçonnés comme des chevaux de rejón. Il est temps d’entrer dans l’arène… Nous retrouvons Bruno, José puis Kévin dans le sas. Après quelques photos/selfies d’usage pour prouver que nous y étions, nous assistons au feu d’artifice et au spectacle célébrant les départs des courses de cette « Edició X ».

 

 

 

 

 

 

Dire qu’il y a un an, nous nous disions qu’il faudrait revenir assister à un départ de nuit. Que de chemin(s) parcouru(s) ! Moi qui ai passé quinze ans le fessier sur un cheval, qui n’avais aucun fond, aucune endurance il y a à peine trois ans, et peu d’expérience en montagne. Une vraie passion est née, et j’ai acquis des forces. Voilà l’occasion de valider cette jolie progression « autodidacte ». A minuit littéralement pétante, nous nous élançons.

ORDINO – PLA DE L’ESTANY

0-15km ~ D+1260/D-535m ~ 0h-3h19

Je prends un départ prudent. Fabien et moi trottinons sur la route sur environ 2,5km. Petite pensée pour Laura en passant devant son immeuble. Des motos pétaradent et il y a un monde fou pour nous encourager. Nous bifurquons à Ansalonga comme l’an dernier sur le Marató, à la différence que je me sens moins en cannes. Nous sommes photographiés en sortant du village de Llorts avant de nous enfoncer dans la forêt. « C’est que le début, d’accord, d’accord… » Jusqu’à quand aurons-nous la force de chanter et de sourire… ?

Fab et moi 5k

Fabien me lâche dans la première montée +335m/2km. Je suis quant à moi quatre Français qui marchent à un rythme modéré mais régulier, cela me convient très bien en ce « tour de chauffe ». Il leur semble partir comme l’an passé sur un objectif de 16h. Oula, va falloir penser à ralentir me concernant ! Pourtant, ils s’arrêtent plusieurs fois, et, vraisemblablement plus à l’aise à ce moment-là, je finirai par les doubler. Cela tombe bien, cela fait plusieurs minutes qu’une jeune femme me poursuit en soufflant comme un bœuf. Très pénible alors que je n’aspire qu’à profiter de l’atmosphère feutrée de la nuit… Je me suis longtemps demandé jusqu’où elle a tenu. Je rejoins un groupe de filles dans la première descente -200m/1km. Je souhaite en dépasser deux sur un single. Je déboîte côté talus. Evidemment, je me vautre dans les aiguilles de pins. « Bien ? » (en espagnol) « Bien, gracias ! » Je file sans demander mon reste.

Nous amorçons la deuxième montée, plus raide : +615m/2km. Je ne souffre pas dans les racines et les quelques cailloux. Le terrain me fait penser à celui de la fin du Marató, plutôt souple même s’il faut faire attention où l’on pose le pied. Nous traversons maintenant des petits gués. Mes intestins tirent un peu, je dois encore être sur la digestion. Je n’y fais pas cas. Pourtant, au 13è km, je suis obligée de m’arrêter à cause de spasmes un peu plus violents. Je prends deux Spasfon et un Imodium pour tenter d’enrayer la crise.

Le premier ravito au refuge du Pla de l’Estany est bondé de coureurs du Mític et du Celestrail. Je double une longue file d’attente pour retrouver Fabien, qui me rappelle qu’il me faut badger. « Ça va ? » « Ça va, mais j’ai quelques alertes digestives, je plains mes poursuivants ! » Soit nous patientons pour rentrer dans le refuge, soit nous le squizzons pour poursuivre jusqu’au ravito du 20è. Nous choisissons la seconde option. Avant, je resserre mes lacets, un peu lâches, j’ai déjà un petit point de frottement aux deux pieds.

PLA DE L’ESTANY – REFUGI COMA PEDROSA

15-20km ~ D+640m/D-285m ~ 3h19-4h49

Juste après l’Estany, nous traversons un névé glacé puis plusieurs gués. Je laisse filer Fabien, plus facile. Mais surtout, je dois freiner ma course à maintes reprises à cause des spasmes qui s’intensifient. Nous empruntons une piste caillouteuse d’environ -300m/2km où j’aurais aimé dérouler. Je serre les dents en attendant que les médicaments fassent effet. A partir du 18èkm, nous montons direction le refuge du Coma Pedrosa. Nous, petits coureurs du Celestrail, n’accéderons malheureusement pas au sommet culminant d’Andorre. Nous grimpons environ +450m/2km jusqu’au ravito, dans les escaliers rocheux. Je commence à accuser le coup, plusieurs coureurs me doublent. C’est bien dommage car j’apprécie ce terrain plus technique. Nous croisons des coureurs de la Ronda, que j’encourage à chaque fois.

J’arrive au refuge après 20km +1900m/-820m cumulés. Une sacrée tartine ! Le gros des pelotons du Mític et du Celestrail arrive, c’est la cohue ! Je suis barbouillée. Je ne sais ni que manger ni que boire. Je me résigne à avaler deux verres de Pepsi pour l’homéostasie de mon ventre et un bol de soupe aux pâtes pour me réchauffer. Rien d’autre ne me fait envie. Je refais le plein d’eau. Je ne peux pas m’asseoir tellement il y a de monde. Je suis comme soûlée par le bruit, les coureurs, les bousculades… Et j’ai toujours très mal au bide. Je passe un sale quart d’heure.

REFUGI COMA PEDROSA – COL DE LA BOTELLA

20-30km ~ D+560m/D-800m ~ 4h29-7h37

Je trouve la force de sortir du refuge. Je suis saisie par le froid : je grelotte, je suis en sueur. Je me couvre de tous mes vêtements. Je n’y tiens plus : je vais me soulager derrière un gros rocher. Ils vont être contents les gardiens du refuge… Je reprends un Imodium, dernière cartouche jusqu’à la base de vie au 45è. Je repars tête dans les bâtons derrière un couple du Mític. Nous montons dans les éboulis vers les crêtes du Cap de l’Ovella. J’aperçois les reflets moirés du lac des Truites en contrebas. Le lever du jour à 2600m est superbe. Le spectacle me met du baume au cœur. Je m’arrête pour prendre quelques photos… et prendre ma pilule tant que je n’ai pas envie de vomir ! J’en profite pour lire mes messages : j’apprends que Kévin n’est pas au mieux, que Pauline et Guillaume ont abandonné au premier ravitaillement. Ce dernier a également été victime de son système digestif. Je suis déçue pour eux. De mon côté, il me faut bouger sinon je fais demi-tour jusqu’au refuge.

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Je suis et double trois coureurs du 110km. Je ne vois plus de dossard violet du Celestrail : ai-je raté un fanion ? Je regarde plusieurs fois mon profil. Non je suis sur la bonne voie… Je suis seule sur la seconde crête. Soudain, un sanglier traverse, à cinq petits mètres ! Des dizaines de personnes sont déjà passées, mais non, il m’a attendue ! Je ne sais pas qui des deux a eu le plus peur !

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Mes intestins ont l’air de s’être calmés, même si je ne suis pas sortie d’affaire. Je trottine. Deux coureurs au dossard violet me suivent : ouf ! Une longue et abrupte descente dans les prés se profile. Il n’y a « que » -625m/3,5km mais il y aura des passages à -40%. Je reste très prudente, d’autant plus que je suis « vidée », dans tous les sens du terme… Une courte montée à travers les pistes de ski nous emmène au Col de la Botella. +200m/1,5km « tot dret » dans l’herbe, comme on l’aime !

J’entre dans le ravito au petit matin. 31èkm, D+2460m/D-1620m cumulés. Je ne sais plus où j’habite. Je me force une nouvelle fois à avaler Pepsi et bouillon, plus quelques noisettes. C’est tout ce qui peut passer pour le moment. Heureusement, j’ai bien anticipé mes prises alimentaires cette nuit avant d’être malade. Je prends le temps de me reposer et de répondre aux messages.

BOTELLA – ESCALDES

30-45km ~ D+290/D-1240m ~ 7h37-10h32

Une nouvelle fois, je puise dans mes ressources mentales pour repartir. J’accuse vraiment le coup physiquement. Je double quelques coureurs du Mític sur une piste forestière en balcon sur la vallée, préoccupée par la barrière horaire fixée à 11h au 45èkm. Nous empruntons un sentier super joueur sous les pins, rempli de racines et de cailloux, émaillé de quelques bosses, que j’aurais bien couru en temps normal. Je suis juste capable de trottiner lorsqu’il est totalement « propre ». Puis nous amorçons une longue descente. Je dépasse Núria, une ancienne camarade de promo de Pauline, et l’encourage. Elle l’a dur. La chaleur commence à se faire sentir. Je me force à courir le plus possible en traversant les villages. Nous « désescaladons » un chemin très pentu juste avant Andorre-la-Vieille. Nous contournons la ville par une rampe dallée plutôt plate, au-dessus d’un cours d’eau. J’ai le vertige lorsque je dévale des marches grillagées ! Ce chemin est sympa mais il n’en finit pas ! 4km monotones où j’hésite entre marche et course. Nous passons dans Andorre. Le bitume fait mal au moral.

J’atteins Caldea puis la base de vie où Pauline et Guillaume m’accueillent. 45km D+2750m/D-2840m en 10h32. Pas jojo… Fabien est encore dans les murs : « Mais qu’est-ce que tu fous là ? » Je le croyais bien plus loin. En fait, il aura passé 1h20 dans la BV à se faire chouchouter par la kiné… Pauline m’apprend que la barrière horaire est à la sortie du bâtiment. Je n’ai plus que 28′ pour me doucher et manger. Heureusement elle me guide afin que je ne perde pas de temps. Pendant qu’elle refait le plein d’eau de mon sac, je prends ma douche dans les vestiaires. Au diable la pudeur, je suis en mode survie…! A 10h57, je suis prête à retourner au mastic. Les bénévoles sont bienveillants, ils nous autorisent à rester quelques minutes de plus pour nous reposer. Je repars à 11h09, un peu requinquée. Pauline et Guillaume me donnent rendez-vous au prochain ravito à Pardines.

ESCALDES – PARDINES

45-56km ~ D+800m/D-370m ~ 11h09-13h46

Nous finissons de traverser Andorre/Les Escaldes sur… le goudron. Nous montons un chemin de pierre +770m/5km. Je suis assez régulière, j’ai repris du poil de la bête. Le soleil cogne fort, je bois beaucoup. Je suis souvent seule mais ça ne me dérange pas, au contraire. Je me gère. Au sommet, j’emprunte une large piste souvent en plein cagnard. Avant la course, j’appréhendais cette zone roulante du 55è au 63èkm. Effectivement, je ne peux pas la courir sans pause. Je suis applaudie par des duos de l’Euforia. Quelle caisse ! Je leur renvoie leurs encouragements. Je plonge mon bandeau dans un ruisseau. Je suis (presque) refaite ! Je sais dorénavant qu’il n’y a plus qu’une barrière horaire ou une blessure qui pourrait me faucher. Je me sens capable de finir. J’ai une montée d’euphorie que je tempère du mieux que je peux. Je suis une Espagnole d’une cinquantaine d’années qui m’avait fait forte impression au retrait des dossards. Cheveux poivre et sel très courts, muscles saillants, bronzée, elle a fière allure. Je la double quand même juste avant le ravitaillement, faut pas déconner…

J’arrive sous la tente de Pardines. Ne la voyant pas, j’appelle Pauline. Je suis en avance sur les estimations du « live ». Du coup Guillaume et elle ne sont pas au rendez-vous. Dommage, mais je suis plus en forme qu’à Escaldes. Je lui dis que je vais rentrer en « mode gestionnaire », au moins sur la portion roulante. Je papote avec une bénévole française (?). Les orages semblent repoussés dans le temps. Je vais me les prendre sur le museau à Arenes comme en 2017… Je passe une couche de Nok sur les petons qui commencent à chauffer. J’arrête ma montre dont le kilométrage est largement faussé à cause des entrées/sorties dans les bâtiments des ravitaillements. Je repars après avoir remercié les bénévoles, particulièrement sympathiques.

PARDINES – ARMIANA

56-67km ~ D+890m/D-290m ~ 13h46-17h10

Je prends le parti de marcher sur les zones planes, tant pis si je dois être juste à temps aux BH. J’appréhende la montée au Coll d’Arenes, qui me semble démoniaque pour l’avoir descendue l’an dernier. Je déambule seule un long moment sur cette partie roulante jusqu’au 63èkm. J’ai les yeux qui se ferment. J’ai une douleur à la tête des métatarses droits, j’essaie de poser le pied à plat mais je n’en ai jamais eu l’habitude. Sinon, je relativise, j’ai peu de douleurs musculaires ou articulaires : « Ça va, ça va, ça va… » Mais que c’est long ! Sans montre, sans repère, il faut « juste » avancer ! Un Espagnol me rejoint. Nous nous suivrons jusqu’à la moitié de la montée à Arenes. Le tonnerre gronde, les nuages noirs s’épaississent au-dessus des Casamanya. C’est sûr, il est pour nous…! Comme le sanglier ce matin, l’orage se prépare et m’attend pour débouler sur les crêtes !!!

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Nous passons devant les œufs de Canillo-GrandValira : c’est une très bonne idée, una entrada por favor… Dommage qu’ils n’aillent pas vers Arenes. Nous passons de courtes bosses qui font mal au casque puis deux petits ponts au-dessus du vide. Au niveau d’El Tarter, nous traversons un gros rond-point pour rejoindre le flanc de montagne tant attendu : celui vers Armiana puis Arenes !

Nous sommes au pied d’une grosse bosse de +250m/1km. Je ne m’y attendais pas et mollis. Nous voyons encore la route que nous prenons une première averse de grêle sur le museau. Nous nous abritons à flan de montagne, lovés contre la terre. Un troisième coureur se greffe à nous. L’Espagnol baragouine en franespanglais que la course pourrait être arrêtée. Je lui réponds que l’an dernier aussi il y a eu de l’orage mais nous avions continué. Alors nous grimpons sous la pluie mêlée de grésil. Le tonnerre redouble. Le troisième, que je crois Anglais (il est en fait Français également), me montre les bâtons (nous communiquerons en mime jusqu’à Armiana, très primitifs, limite néandertaliens). Il serait plus prudent de les ranger, mais à ce niveau-là de fatigue, je me sens incapable de finir sans. Les éclairs sont lointains et l’orage localisé. Au final, personne ne les cache, et nous ne finirons pas en pollo asado. Il fait froid et avec l’effort prolongé, je commence à avoir une respiration sifflante. Armiana se fait désirer : j’en ai assez de ces montagnes russes ! Il pleut-grêle-vente. C’est l’Enfer !

Je gagne enfin ce fichu ravito au 67è (D+4040m/D-3500m). Pauline est là : c’est une bonne surprise car je suis épuisée. Je n’ai qu’une envie : dormir ! Heureusement que le ravito est plutôt du genre spartiate sinon j’y resterais. Je mange deux madeleines et un bout de fromage. Je renfile chaussettes et manchettes, j’enfile un deuxième bandeau, mon pantalon de pluie, mes gants : à nous deux, Arenes ! Je suis déterminée. Un check avec Pauline, et c’est reparti.

ARMIANA – COLL D’ARENES

67-72km ~ D+840m/D-170m ~ 17h10-19h27

Nous formons un groupe de six-huit survivants. Nous nous relayons pour faire le lièvre. J’emmènerai également mes compagnons la pluie, la grêle et le vent avec moi jusqu’au sommet. Il m’est de plus en plus difficile d’inspirer profondément. Avec la fatigue, c’est vraiment le facteur limitant de l’ascension, car musculairement, je vais étonnamment bien ! Une quinte de toux manque de m’achever. J’ai enfin le col en visu, à environ 3km D+620m, avec des pentes à 30-35%. Ce n’est pas compliqué, c’est « tot dret » ! On ne peut pas dire que les Andorrans s’embarrassent avec les lacets et les virages, en montée comme en descente ! Nous badgeons aux deux-tiers de la côte, les bénévoles viennent à notre rencontre. Du coup la barrière horaire est passée plus tôt ! Sympa ! Mais nous ne l’apprendrons qu’en analysant les temps de passage à l’arrivée… Je m’arrête plusieurs fois pour reprendre mon souffle. Je pourrais compter parmi les insuffisants respiratoires en décompensation et être hospitalisée dans mon service à cet instant-là. Il ne me manque plus que quelqu’un pour me flageller le dos sur ce chemin de croix… Je contemple les montagnes en face dont je ne connais pas les noms. C’est beau l’Andorre, même sous l’orage…

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Photo Fabien

Je suis avant-avant dernière. « Poc a poc » comme leitmotiv. ENFIN ! Arenes. 19H27. Je suis au bout de ma vie. 72èkm, D+4900m/D-3700m cumulés. Les bénévoles nous félicitent chaleureusement. Ils souhaitent plier boutique rapido. L’ultime descente va être longue. J’ai encore de l’eau dans mes flasques. Un bout de fromage, un morceau de chocolat, et c’est parti pour -1300m avec encore des pentes à -30/-35%…

ARENES – ORDINO

72-83km ~ D+120m/D-1330m ~ 19h27-21h45

Alors que nous nous sommes tous suivis dans la montée, quatre ou cinq Espagnols tracent dans la descente sans attendre qui que ce soit. Très bien, ils veulent la jouer ainsi… Je reste avant-avant dernière. Je dépasse une jeune femme ayant toutes les peines du monde à descendre sans tomber. Je marche très activement dans la première partie dans les estives. Aucune douleur à déplorer, mais la fatigue me ralentit, omniprésente depuis le 60èkm voire même avant. Le tracé se fait plus vallonné avec quelques côtes brèves qui piquent encore les poumons ! J’en ai plus qu’assez ! Je glisse sur une racine humide. Plus de peur que de mal, j’aurai un beau bleu sur le mollet… J’anticipe et enfile ma frontale dans les bois où la lumière se fait plus tamisée. J’envoie un message aux Limbréts : « Je n’en vois pas le bout, mais je serai à Ordino avant minuit ! » J’entends le tonnerre gronder : ah non !!! Pas encore !!! Je jette mes dernières forces dans la bataille, et il semble que j’en aie toujours sous le coude, ou sous le jarret. J’ai de plutôt bonnes sensations même si je suis extrêmement prudente, franchissant en marchant la moindre racine, la moindre marche. Je repasse trois ou quatre Espagnols sur un chemin caillouteux et humide. Et toc ! Je vois Ordino, je dois être à 2-3km de l’arrivée. Je suis encouragée par des gens qui montent à la rencontre des derniers coureurs. Ça sent bon ça ! A l’approche d’un virage, j’aperçois une jeune fille rousse allongée par terre. Qu’est-ce qu’elle fiche là à cette heure dans la pénombre ? « Buenas ! » Pas de réponse. Je m’approche : ce sont des gravats surmontés d’une brique… Il est vraiment temps d’arriver…! J’atteins les ruelles de Sornas, que je confonds avec celles d’Ordino. Je descends un petit escalier, cherche les rubalises. Mince, il reste deux kilomètres sur la route, mais je me reconnais. Pauline vient à ma rencontre, me filme en me demandant mes impressions : « C’était long, épuisant… mais fou… »

Je suis ultra-traileuse. 83Km D+/-5000m en 21h45’15 » (!!), avec le gros du dénivelé sur environ 65km si l’on retire les portions roulantes. Je finis 273ème sur 280 arrivants et 467 partants annoncés, 27ème féminine sur 55 partantes, 14ème SEF sur 26 partantes.

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APRES COURSE

Je me présente à la buvette immédiatement après le franchissement de la ligne d’arrivée. « Eau, Pepsi, bière ? » Devinez… Pauline et Cyril me félicitent, nous échangeons quelques mots assis sur un banc, mais j’ai froid. Quelle idée d’arriver à une heure si tardive ! Je vais me doucher puis nous allons au resto. La bavette est vraiment bien méritée et appréciée ! Au final, je n’ai pas tant mangé que ça sur le parcours.

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J’apprends que le Mític a été arrêté à cause d’un épisode de grêle intense dans la vallée del Madriu. A voir les photos, on dirait qu’il a neigé ! Nicolas, Woody et les deux Chistophe sont au refuge d’Illa pour la nuit, ou sous une tente de ravito ? Ils ne redescendront que le dimanche matin. Ce doit être super frustrant, mais ce sont les lois de la montagne… et de l’organisation, que l’on comprend fort bien.

J’appelle mon Dou après le match Croatie-Russie. Je le remercie pour ses messages qui ont jallonné mon parcours, même s’il me pensait près de l’arrivée vers 19h !

J’attends mon tour chez les kinés et podos. J’ai de légers échauffements des voûtes plantaires, et des tensions mollets/quadriceps, mais rien de méchant à priori. Léthargique sur mon banc, ils ont pitié de moi et m’installent sur une table. J’y somnole jusqu’à 2h30, puis j’aurai droit à un massage à quatre mains. Ça valait le coup de patienter ! Je réveille Popo à 3h lorsque je rentre à l’hôtel. Mon visage effleure à peine l’oreiller que je m’endors instantanément !

Après un court réveil pour le Solidaritrail, je me lève vers 11h. Nous récupérons notre maillot « finisher ». Ce sera la première fois que je serai fière d’en porter un ! Direction « La Sangria » à Canillo, où nous ferons un pétage de bide en règle… mais rien à voir avec la nuit de course !

EPILOGUE

Je crois que j’ai eu un gros mental de continuer ma course en ayant été malade durant la nuit. Je peux faire l’analogie ultra-trail/métier d’infirmière en soins intensifs/réa : il faut anticiper les ennuis et y réagir instantanément si l’on ne veut pas qu’ils s’enveniment. Je suis rôdée professionnellement, et j’applique plutôt bien cette rigueur à ma gestion de course.

Je ne rééditerai pas le combo restos/course, et je pense que Guillaume non plus… Je n’avais jamais été malade en course, je n’ai pas choisi la plus facile pour expérimenter ce genre de désagréments ! Ce couac m’a considérablement affaiblie et retardée. Mais nous n’avions pas tellement le choix, sauf celui des plats !

Déjà 48h après l’arrivée, les tensions musculaires et articulaires ont quasi complètement disparu. Je ne ressens pas de fatigue particulière pour l’instant, mais je ne vais pas reprendre l’entraînement avant fin juillet/début août,  par précaution. J’ai en fait été davantage gênée au niveau digestif et respiratoire qu’au niveau moteur !

Je réalise un peu le petit exploit personnel accompli. Avec entre 30 et 40% de mises hors course selon les éditions, je pense que ce n’est pas une course accessible au « tout venant ». Même si le terrain n’est pas technique partout et tout le temps, le parcours est tout de même d’une difficulté considérable (surtout digestivement embarrassée…). Ce n’est pas de la randonnée mais ce n’est plus tout à fait de la course à pied à mon niveau. Il faut être prêt physiquement et mentalement à se gérer en (semi-) autonomie en montagne, souvent seul, avec une météo potentiellement changeante, avec des limites de temps. J’ai – malheureusement pour mon corps et mon entourage – apprécié ce format de course, cette petite « aventure » et je pense que je me réalignerai sur du long avec au moins autant de D+/D- et autant de pourcentage de pentes… Sado-maso vous dites ? J’attends d’avoir un coup de cœur pour une course. Je reviendrai mieux affûtée, car la « prépa » 2018 fut à peine plus corsée que celle de 2017 pour le Marató.

REMERCIEMENTS

A la team Limbréts, en premier lieu. Sans Pauline et Guillaume, je repartais (si je repars !) totalement en vrac d’Escaldes. Grâce à eux j’ai pu recadrer le tir et me remettre sur de bons rails pour la seconde partie (et quelle seconde partie !).

A Kevin, Cyril, Guillaume, Pauline, je sais que vous êtes capables de « plus », de « mieux ». Je vous souhaite de régler vos soucis de gestion de course, de posture, de paëlla et de flemmingite rapido. Ça va le faire !!!

A mon Dou qui me supporte dans ma pratique depuis trois ans certes en râlant mais qui me supporte au quotidien.

Aux bénévoles et à l’orga de l’AUTV : c’est tellement bon de revenir à Ordino et de découvrir vos montagnes sous vos tonnerres d’encouragements et vos tonnerres tout court ! Ne changez rien ! Je suis sûre que la passation de pouvoirs en 2019 se fera dans la continuité et ne sera que positive ! #AUTVaddict

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