Grand Trail des Templiers – 79km +3550m

Fin août, mes baskets me font une tête de chien battu. « Alleeeezz euuuuh, on va se promener euuuuuh !! » A part quelques modestes crapahutages pour la forme, il est vrai que je leur ai fichu la paix depuis le Célestrail début juillet. Pourtant, j’ai vite récupéré de ce premier trail long en montagne. J’avais même pris un dossard pour le marathon de Canfranc-Canfranc début septembre, que je n’honorerai finalement pas, vie familiale oblige (faute d’entraînement aussi !). Ni une, ni deux, je me mets en quête d’un parcours de 60-80km pour l’automne. Le Trail des Hospitaliers me paraît idoine, malheureusement complet depuis belle lurette. Je me rabats donc sur le grand barnum millavois et son Grand Trail des Templiers, allongé à 78km +3650m. Je n’ai jamais couru parcours si roulant, c’est peut-être l’occasion de s’y essayer. Bingo ! Un traileur me cède son dossard à un tarif défiant toute concurrence à cette heure tardive. Une collègue accepte de modifier nos plannings pour que je puisse m’inscrire. C’est parti pour huit semaines intenses de préparation, le premier plan d’entraînement depuis… le marathon des Causses 2016 !

Laurent me fait le privilège de m’accompagner au dernier moment. Il le regrettera lorsque, sur la route de St-Affrique, je pile et m’arrête net en plein virage, me rendant compte que j’ai oublié d’imprimer mon certificat médical. Bienvenue à Neuneuland ! La rigueur et la sécurité sont mes priorités au boulot, mais vraisemblablement pas nous concernant… Les prévisions météorologiques sont exceptionnelles en cette fin de semaine. C’en est même indécent au regard des pluies diluviennes qui ont tragiquement touché l’Aude quelques jours plus tôt. Nous logeons chez l’habitant, à quelques minutes en voiture du départ. Guillaume, notre hôte, court également le dimanche matin et me propose de me conduire au départ avec son pass « autochtone ». J’avoue que je m’inquiétais un peu de l’accès au village du trail à cause de la foule.

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Dans la nuit de samedi à dimanche, je suis réveillée par les ronflements de ma « moitié » mais, fait rarissime, j’ai fait le plein de sommeil les nuits précédentes. Tout semble réuni pour que je passe une excellente journée. Il y a beaucoup de monde sur la route bien sûr mais nous sommes déposés en temps et en heure près du départ. Un dernier pipi avant de m’engager dans le sas « 2 ou 3 selon vos objectifs » : « Ah qu’est-ce qu’on est serrés, au fond de cette boîte… » Avec mes 1m63, je ne vois rien de ce qui se trame du côté de l’arche à au moins 100m, j’entends juste le speaker brailler. Mais qu’est-ce que je m’inflige-là, à 5h40 du matin un 21 octobre, par 8°C, sans ami, agglutinée à 2499 autres coureurs dont un qui, au fumet, ne disposait pas de papier hygiénique en terminant son dernier caca de la peur ??! J’écoute les autres traileurs s’exciter, l’effervescence monte sauf pour moi, placide, « comme d’habitude ». Je suis entraînée, j’ai déjà fait plus exigeant. De plus, à part la distance et le dénivelé annoncés, je ne connais ni le profil, ni la localisation des ravitos, ni celle des barrières horaires ! Touriste ! Ne me jugez pas… Même Ameno d’Era ne me file pas les poils, et je ne peux pas admirer les effets pyrotechniques.

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Pourtant, je prends un départ canon… Ah non pardon, nous marchons sur 100m et pouvons enfin trottiner ! Sur la route permettant d’étirer (ou pas) le peloton, un monsieur s’accroupit pour ramasser un objet chu et manque de se faire piétiner par le troupeau mal réveillé. Pour ma part, ce flot de personnes m’oblige paradoxalement à constituer très rapidement ma bulle. Je n’ai jamais aussi peu souffert sur un début de course, mon diaphragme s’étant tout de suite libéré : je suis en aisance respiratoire totale.

Nous sommes arrêtés à la naissance du premier chemin de terre. J’aimerais passer outre ces nombreux bouchons dans ce compte-rendu mais ils font partie intégrante de cette journée du km 0 au km 79. Je ne suis malheureusement pas assez rapide pour me placer devant. Je grimpe donc Carbassas « en moonwalk », ne manquant toutefois pas de faire remarquer aux c*** de innocents traileurs s’aidant de bâtons qu’ils sont interdits dans cette portion. « C’est marqué dans le règlement. Ne t’inquiète pas je ne te dénoncerai pas aux bénévoles, mais sache que tu triches. » Je suis le diable personnifié, mode pupute activé.

Je longe des kilomètres de pistes inodores et sans saveur sur le premier plateau, relevées par les premiers rayons du soleil. Je m’approche d’un balcon « with view » sur les falaises et un village magnifiés par les lueurs rougeoyantes du petit matin. Puis je descends sur Peyreleau, escortée par une équipée de joyeux lurons qui crient tout ce qu’ils peuvent et sautent partout. Pourvu que ça dure pour eux !

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Au premier ravitaillement, j’aperçois de loin les « Gayettes » : trop cool de se retrouver ici, un an et demi après le Maroc ! « Ca va ? » « Au top ! » Je n’ai rien senti passer depuis le départ, après 24km et 760m D+, et un peu plus de 3h de course. Elles me présentent Marie, avec qui j’échange mon ressenti sur quelques dizaines de mètres puis que je laisse filer avec son compagnon de sentier.

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Je repars tranquillement. Je me rappelle vaguement que je dois monter sur un deuxième plateau. Je m’enfonce dans les bois. Ça ne monte pas très vite devant, 400m/h à peine, pourtant la pente doit s’accentuer au maximum à 15%. Je me rends compte au bout de très longues minutes que seuls trois traileurs au pied peu montagnard n’ont pas l’air d’apprécier l’ascension. Personne d’autre que moi ne prend l’initiative de doubler, ce qui se fait au prix d’un petit fractionné qui me coûte davantage que si j’étais montée à mon aise tout le long.

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Flash-Sport

Je cours sur le plateau vers St-André-de-Vézines, deuxième ravitaillement au 36è km où je mange copieusement. Je retrouve Karine et Brigitte à la sortie. Je suis un peu plus entamée mais la forme est toujours là. Je profite de leurs retrouvailles pour m’asseoir et me masser les pieds au soleil tout en discutant. Elles m’encouragent et me donnent rendez-vous à Pierrefiche dans 15km. Je suis reboostée. J’envoie un message à Laurent :« Je serai à « PierrefiTTE » vers 13h30/14h je crois. » On ne renie pas ses origines pyrénéennes comme ça…

Je cours sur une piste caillouteuse légèrement descendante où je peux relancer convenablement. Evidemment, au bout de quelques temps, je me retrouve derrière un groupe sur un single sans échappatoire où je suis contrainte de raccourcir ma foulée. Cette retenue me fait mal aux articulations des jambes. Je demande à un bénévole où se trouve le prochain ravito. « Au 46è km », donc dans six kilomètres à ma montre, bien étalonnée. Mince, j’y arriverai avant 13h30. En effet, j’arrive à une rampe d’eau peu avant 13h, où je remplis mes flasques. Déçue, je demande à Laurent de ne finalement pas venir, vu que je suis déjà passée au ravito. Je ne l’attends pas, je continue pour ne pas me faire rattraper par les barrières horaires de fin de course. Alors que je traverse un pont sur la Dourbie, je reçois en retour un « Machine. ». Je monte un bref mais intense raidillon… et tombe sur un ravitaillement solide : « Pierrefiche », le vrai, l’unique, au 51è km, comme prévu. Je suis doublement déçue ! Mon Dou est définitivement parti rendre visite à Célia et Nico du côté de Rodez, c’est fichu. Ça m’apprendra à étudier un peu mieux mes parcours ! Pour la peine, je me baffre : soupe, fromage, banane, Balisto, tout y passe ! Je repars lestée.

 

Le panorama au-dessus des Gorges de la Dourbie efface la déconvenue. C’est magnifique, les couleurs de l’automne me réchauffent le cœur. La descente, toujours temporisée derrière d’autres traileurs, pique le tendon du fascia lata gauche. Il faut une première à tout paraît-il ! Cette gêne ira et viendra de façon très aléatoire par la suite, et disparaîtra à l’issue de la course. A partir du 57è km, je subis un coup de mou sur plusieurs kilomètres. Je marche le plus activement possible sur des pistes ascendantes en sous-bois. Un coureur est au plus mal sur le bas-côté, conscient mais peu réactif. Deux jeunes hommes sont à son chevet. Nous créons une chaîne humaine pour relayer l’info aux bénévoles un peu plus haut le plus vite possible : « Km 61, coureur à terre ». Je croise les doigts pour que le message n’ait pas été transformé par « téléphone arabe ». Au sommet du Mas de Bru au 63è km, j’entame une longue descente humide voire boueuse, où je dois serrer les dents, entre douleurs articulaires, fatigue et technicité du terrain.

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Flash-Sport

J’arrive à Massebiau au ravito liquide. Je tombe nez-à-nez avec Woody, Commingeois Aveyronnais d’origine, qui m’a suivie sur le « livetrail ». J’essaie de remplir mes flasques de poudre de perlimpimpin en discutant, une fiole m’échappe des mains dans l’eau terreuse : bien joué… En espérant que ça ne me manque pas pour le finish ! Je suis moins lucide, je ne sais plus faire deux choses en même temps. Je fais part de mes difficultés à Woody qui me rassure : plus que onze petits kilomètres. Oui mais je sais ce qui m’attend, je connais le bouquet final, et il va falloir que le mental prenne le relais, fissa !

Je rembraye. Je pousse du mieux que je peux sur mes jambes, sur mes bâtons dans les premières pentes du Cade. Je transgoutte à grosses pires, j’ai des étourdissements. Signe ultime : j’ai les intestins qui se mettent à gargouiller, j’ai la fringale. Hypoglycémie ! Je mets le cligno sur la droite et me fais dépasser. Je croque dans une grosse barre au chocolat. J’y retourne à petits pas. Dix/quinze minutes plus tard, rien n’y paraît, c’est reparti comme en 40 ! J’aimerais même redépasser les coureurs ! Je sors de la superbe bergerie du Cade, dernier ravito solide, refaite à neuf. J’anticipe et chausse ma frontale devant mes lunettes de soleil. Je parviens à relancer dans les chemins sablonneux de la forêt et dépasse quelques âmes en peine. Mais encore une fois, je suis coupée dans mon élan : énorme bouchon au pied de la Puncho d’Agast. J’en profite pour faire quelques photos du somptueux coucher de soleil sur le viaduc.

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En escaladant le mur, je conseille à certains de ranger leurs bâtons pour s’aider des mains, mais rien n’y fait, les gens s’y cramponnent, sans être plus efficaces pour autant. Une boucherie. Je mets près de 45 minutes pour accéder au sommet (25 minutes en 2016 sur le marathon en étant moins entraînée). Je passe un court coup de cul et traverse la grotte du Hibou de nuit. La dernière descente vers l’arrivée est pire que dans mes souvenirs : une patinoire raide jusqu’à -50%, et encore ce ne sont pas les soldes ! Je ressors mes bâtons pour me retenir. Je reçois un coup de téléphone de Laurent : j’arrive, lentement, mais j’arrive ! J’en finis avec le casse-pipe et pense pouvoir dérouler jusqu’à l’arrivée. Mais que nenni ! Des coureurs occis me barrent le chemin caillouteux et étroit. Je veux bien qu’on n’ait pas envie de se croquer une cheville à 500m de l’arrivée mais tout de même ! Je bous intérieurement. Enfin, je peux les dépasser et allonger la foulée. Je double une dizaine de coureurs jusqu’à l’escargot du finish, presque au sprint. J’entends Laurent « Allez Laure ! ». Il me reste trente mètres, je devrais m’en sortir ! J’enjambe les cinq ultimes marches, j’éteins ma frontale pour la photo… Ça y est, j’ai bouclé les 79km du Grand Trail des Templiers 2018 !

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Flash-sport

Je termine en 14h30, un peu frustrée sur le coup. Ce temps ne reflète pas mon état de forme au regard des ralentissements subis. Mais peu importe, au moins je finis plutôt fraîche, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Au niveau du classement : 52èSEF/91 au départ (75 finisheuses), 100èF/209 au départ (175 finisheuses), scratch 1415è/2332 partants (2034 finishers, dont 61 déviés au Cade ou à Massebiau)

Hormis les énormes bouchons donc, et ma très probable hypoglycémie corrigée trop tardivement, je suis satisfaite de cette course, où j’ai pris beaucoup de plaisir. La petite Pyrénéenne que je suis a apprécié courir autant sur du plat, même si je préfère la montagne. Les paysages étaient éclatants de bôôôté.

Il me faudra faire plus attention à varier les indices glycémiques sur le long à l’avenir, ce que j’avais fait jusqu’au ravito au 51è. Puis une négligence (deux compotes de fruits non sucrées d’affilée), et paf ! Elle se paie cash. Peut-être que je me trompe totalement, et qu’il faut justement que je ne prenne plus du tout de sucres rapides (Balisto sur les ravitos) sur le long.

J’ai été très agréablement surprise par la bienveillance des bénévoles sur un tel évènement, et par la teneur des ravitaillements.

Un détail, je suis par ailleurs très contente d’avoir couru avec des chaussures légères et dynamiques, même si je sens qu’elles sont plus exigeantes pour mes articulations.

Après le trail, j’ai senti une tension dans les sacro-iliaques, conséquence de la retenue de ma foulée sur les deux longues descentes à cause du monde. Sinon pas de pépin physique particulier même si j’étais davantage courbaturée que sur un trail montagne où je cours moins.

Cette prépa qualitative m’a mieux convenu que la prépa quantitative pour le Celestrail, où j’avais répété les distances marathon, et m’étais présentée sur la ligne de départ sûrement un peu rôtie… « Le repos fait partie de l’entraînement ! »

Bref, clap de fin sur cette jolie saison 2018 ! Je suis ravie de mes progrès sur deux ans que je m’entraîne de façon régulière. De bon augure pour la suite s’il y a suite… !

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. GERMAIN. guy dit :

    Mais c’est quoi ce site ??? J’adore la mise en page, le côté dégagé des thèmes. J’aimerais avoir le mien à moua !
    Je mets de côté les récits car ils sont comme à l’accoutumé plaisants à souhait et la fille rigolote plaisante du même tonneau.
    Mais le site, comment faire ??
    PS: Je suis tes aventures, j’en rate pas ! :)!

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    1. boutentrail dit :

      Bonjour,
      Je pense t’avoir répondu sur Kikourou. Mon site est hébergé sur WordPress.

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