UTPMA – 112km +5300m

Par quel bout débuter le récit d’une aventure de plus de cent kilomètres ? Par le choix de la course peut-être : l’UTPMA ou Ultra-Trail du Puy Mary Aurillac, annoncé à 105km +/-5500m. Après deux expériences sur 80km (+/-5000m au Célestrail en Andorre, et +/- 3550m aux Templiers), j’ai envie d’allonger la distance, pour, je l’avoue, franchir la barre mythique des cent kilomètres, mais sans passer plus d’une journée et une nuit sur les sentiers. Mon petit niveau ne me permet donc pas de jeter mon dévolu sur un ratio dénivelé/kilométrage trop important. Je souhaite également une épreuve se déroulant avant l’été car ma motivation a tendance à mollir en juillet/août. #aperobbq D’après les récits et photos des précédentes éditions, la chaîne des puys me paraît idéale pour tenter l’aventure, d’autant que je ne la connais pas du tout. Je fais ainsi partie des premiers inscrits, et je fais bien car les 800 dossards à disposition partent comme des chocolatines en moins de 24h.

Ma préparation est chaotique, mais une prépa ultra peut-elle rester totalement linéaire, sans coup de mou, sans funambulisme entre volume et blessure – surtout pour une première – en travaillant à temps plein en 3×8 ? A l’aube du départ, il me semble avoir bricolé. Pourtant je n’ai jamais autant judicieusement « borné » et « gainé », gardant toujours en tête l’épuisement dans lequel je termine le Célestrail, pour lequel j’avais trop et/ou mal fait. Le stress ne me quittera qu’après avoir rassemblé mes affaires et bouclé mon sac d’allègement la veille du départ. « Alea jacta est »…

Le vendredi 14 juin, je me rends à Aurillac par les routes de campagne. Le ciel est gris mais le Quercy et le Cantal m’enchantent, d’autant qu’il n’y a pas foule. Je me gare à 50m de l’appartement loué pour l’occasion, lui-même à 200m du départ. Tout est anticipé pour que le retour soit le plus court possible. Les deux étages sont le seul détail qui me chagrine : pourvu que je parvienne à les monter demain soir ! Dossard et dotation spéciale féminines récupérés, il est temps de faire une siestoune, jusqu’au briefing, où nous apprenons que nous allons essuyer les reliquats des fortes précipitations des deux Savoie et de la Drôme, en vigilance orange. La directrice de course attend le dernier bulletin météo pour décider d’une dernière modification de parcours, sachant qu’un pic ne sera d’ores et déjà pas gravi mais contourné à cause des orages et du vent violent sur les crêtes. Moins de dénivelé pour davantage de kilomètres, voilà qui n’arrange pas mes affaires ! Direction la pasta party, simple mais goûtue. Premier morceau de cantal (le fromage cette fois !) englouti : il me tarde les ravitos ! Je tente un second somme. Je me réveille au son de Queen : « Don’t stop me noooow ! » et « We are the champions my friend ! ». Je suis remontée comme une pendule au moment où je dois quitter mon cocon.

Je montre patte blanche en entrant dans le sas : couverture de survie, sifflet, frontale, veste Gore-Tex. Ouf, je n’ai rien oublié ! Comme attendu, nous sommes près de 800 coureurs. J’espérais une grosse centaine de désistements. Il fait doux, nous voyons la lune et quelques étoiles. J’ai du mal à imaginer que le déluge se prépare. Chose curieuse, je n’ai même pas envie de faire trente-six fois pipi ! J’attends une quarantaine de minutes au rythme des bandas, avant le feu d’artifice, qui nous délivre.

mde

Aurillac → Velzic 17,5km +600m/-500m – BH 3h30

Minuit une : c’est parti pour une longue balade ! Nous traversons la ville. Plein de supporteurs encadrent les rues, et visiblement en cette fin de semaine, certains ont un peu abusé à l’apéro ! Je chambre un type vêtu du maillot de Clermont d’un « Allez le Stade ! » en lui tapant dans la main. Les premiers kilomètres du parcours sont très roulants, via plusieurs pistes un peu brumeuses. Je profite de bonnes sensations pour courir un maximum et prendre le large sur les barrières horaires. Je me dis que je le paierai tôt ou tard. Plusieurs ralentissements tempèrent mes ardeurs dès les premiers goulots d’étranglement. Je ne me souviens ensuite que d’un franchissement de portiques clôturant les estives entre deux faux-plats montants et descendants. La distorsion espace-temps s’explique probablement par le fait que le brouillard s’est fait incroyablement épais. Je ne distingue quasiment pas les coureurs dix mètres devant moi malgré leur frontale ! Il m’est très difficile de gérer mon allure sur cette partie, ne parvenant même pas à appréhender le degré des pentes des chemins. Je ne sais plus s’il faut ralentir ou bien relancer. Très perturbant ! J’accède au premier ravito en environ 2h30 après une descente assez abrupte. Je m’arrête une vingtaine de minutes, je prends mon temps. Je discute avec les bénévoles, adorables. Le combo bouillon/cantal/banane remet d’aplomb ! Sentant un ou deux points d’appuis aux pieds, je les masse minutieusement. J’ai déjà plein de terre dans les chaussures, et ce n’est que le début. Je sors du bâtiment, le froid me saisit. Je monte le zip de ma veste jusqu’aux narines, rallume ma frontale, et roule ma poule. Les secousses liées à la course m’ont un peu barbouillée, à moins que ce ne soit la nuit et le froid. Heureusement, la pente s’accentue assez rapidement vers le haut, et la marche met mes intestins à l’abri des chocs.

Velzic → Col du Pertus 16km +1100m/-500m – BH 8h00

La partie au ratio D+/km le plus important du parcours. Je ne souffre pas, j’ai quand même bouffé de la pente pendant ma préparation. Je suis longtemps un groupe de coureurs sur un single menant au Roc de Longle. Certains soufflent comme des bœufs. Un jeune homme lance à son copain : « Ouf, celle-là elle a piqué ! » Toi mon mignon, tu ne t’es jamais rendu en Andorre… Je parviens à doubler. L’homme étant un loup pour l’homme, ça me réconforte, pourtant je suis loin d’être une grande grimpeuse dans les Pyrénées ! On n’a pas tous la chance d’habiter une région montagneuse. Nous atteignons une crête où quelques passages rocheux méritent la plus grande attention. L’aube point et je peux baisser l’intensité de ma lanterne. Je mène deux ou trois concurrents au sommet d’Elancèze alors que le soleil se lève, complètement opacifié par de lourds nuages. « Nous aurions pu avoir droit à un lever de soleil plus sexy après presque six heures d’efforts ! » regretté-je. Personne ne me répond. Solitude, tristitude…

cof

Je glisse vers le Col du Pertus derrière une dame à lunettes que je suivrai de près ou de loin jusqu’au 90è km. Je réitère mon petit rituel de récupération au ravito au 34è km. Je badge à la sortie à 6h30, 1h30 avant la BH.

Col du Pertus → Lioran (Base de Vie) – 19km +/-1100m – BH 12h30

Les quatre kilomètres suivants sont à peu près plats. Nous redescendons ensuite dans la vallée de la Cère par le village des Chazes, au 40è km +2000/-1500m. Je suis plutôt satisfaite de mon temps, sensiblement identique à celui des Citadelles 2018 (environ 7h de course), pour à peu près la même technicité. A la différence que je me sens plus en forme aujourd’hui.

cof

J’amorce la grosse montée du parcours, +800m/6km. On a vu pire, mais celle-ci se fera pour partie sans bâtons afin d’épargner le sol friable des Arpons du Diable. Je peste tant que je peux tant ce petit jeu de puissance pure me semble effectivement diabolique au beau milieu d’un ultra de plus de 100km ! J’ai confirmation ici que je ne suis pas une coureuse de KV. Ceci dit, je suis peu dépassée. Je n’ai pas mal aux cuisses, par contre mes poumons sont très irrités à cause du vent froid qui s’est levé.

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Telle une asthmatique en moonwalk, j’accède au Puy Brunet ainsi qu’au Plomb du Cantal, qui domine le département. La légende veut qu’on peut apercevoir le Mont Blanc et la Pique d’Estats par temps dégagé. Je repasserai car je vois à peine les collines en face ! Je m’arrête quelques secondes pour reprendre mon souffle et faire quelques photos de la sauvage crête sommitale.

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J’ai froid. J’enfile mes gants, mon second bandeau et ma capuche. J’aimerais pouvoir relancer mais je suis littéralement plombée… et marche jusqu’à l’escalier descendant vers le Lioran. Que c’est vilain une station de ski sans neige ! Je lutte contre le vent qui a redoublé. Chose promise, chose due : nous subissons une belle saucée jusqu’à la base de vie, au 51è km. J’y arrive trempée jusqu’à la culotte, après 10h40 d’efforts. Mes pieds crient misère. Je suis dépitée. Des trombes d’eau s’abattent sur la tente du ravito. Argh, il faut vraiment repartir ? Je bois un bouillon en parlant avec des bénévoles. Le tracé est modifié : nous n’accéderons pas au Puy Mary. C’est dommage pour une course éponyme ! Partout autour de moi, j’entends « navette » et « abandon ». Je me sustente, tout en réfléchissant à l’absence de plaisir sous un déluge pareil. Je vois un coureur quitter la tente sous la flotte. J’hésite entre courage et démence. Je vais chercher mon sac de délestage. Que je reparte ou non, il faut que je me mette au sec. Des bénévoles m’aident à retrouver mes affaires, accrochées par numéro de dossard sur des palettes. La tente est spartiate, le sol boueux. Je ne vois aucune cabine où je pourrais me changer intégralement sans provoquer d’attentat à la pudeur, ni même de banc ou de chaise où je pourrais fermer les yeux quelques minutes. Tant pis, je garderai ma culotte mouillée… Ma brassière ne l’est pas autant, et, bonne surprise, je n’ai pas de brûlure dans le dos. J’enfile un T-shirt manches longues en prévision des orages de l’après-midi. Je retrouve la dame à lunettes, prête à affronter les éléments. Cela me remet du baume au cœur, j’espère pouvoir l’imiter d’ici quelques minutes. Un rideau d’eau barrant l’entrée de la tente, je plaisante : « La pluie semble se calmer. » Je remplis mon Camelbak de nouvelles barres, de compotes et de banana bread. Je branche ma montre sur ma batterie externe. J’ai pris ma décision. Je ne veux pas être remplie de regrets en rentrant à Aurillac seule cet après-midi. De toute façon je n’ai rien à y faire. Je ne suis pas en sucre, je n’ai mal nulle part. J’ai juste les pieds tout blancs et tout fripés, comme si je sortais d’un bain de deux heures ! Je dois procéder étape par étape : rejoindre ce foutu ravito de Mandailles. Je verrai bien dans quel état j’y arrive. Comme par magie, une éclaircie perce. Quelque part, un bel arc-en-ciel… Je fuse remplir mes flasques et ma poche à eau. Je demande un café, que j’allonge par mégarde avec de la Saint-Yorre… C’est pas bon le café salé ! La pluie a cessé. Je ne réfléchis plus et bondis au dehors, vers 11h30, après cinquante minutes passées presque au sec.

Le Lioran → Mandailles – 25km +/- ??m – BH 17h45

Je quitte la base de vie/station de ski via des loooongues pistes forestières qui montent et qui descendent sagement. J’ai assez de gaz pour relancer sur le plat et les descentes, ça me rassure. Par contre je peine vraiment en montée. Mes poumons sont inflammés.

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Je suis bientôt rattrapée par un groupe, dont une blonde qui me lance « Ça fait plaisir de voir une fille ! » Nous nous mettons à papoter, nous résumons nos difficultés passées et à venir. Je nous surnomme les survivants. Il fallait une sacrée caboche pour partir de ce ravito tout de même ! Les sentiers sont complètement détrempés. J’ai changé de chaussures, plus larges mais moins cramponnées. Je ne sais pas si j’ai bien fait. Nous sommes tellement plongées dans notre conversation que nous nous trompons de chemin, heureusement interpellées par nos poursuivants. Je ne sais pas où nous allions mais nous y allions d’un pas décidé… Nous gravissons trois bosses de 300, 100m et 200m de D+ sous un orage monstre. Ce secteur me semble interminable, d’autant qu’une pointe me chatouille juste sous les deux creux poplités, probablement à force de faire pivoter les articulations dans la boue. Par bonheur, nous nous servons de lièvre mutuellement.

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Nous arrivons à un ravito liquide pas au programme, à Benech, vers le 72è km. Le bouillon me requinque. Mandailles est encore à 4km. La descente vers le ravito est courte, mais l’inflammation est de plus en plus présente, à tel point que je m’aide de mes bâtons pour soulager mes jambes. J’aperçois dans la brume un puy ressemblant à mon Cagire. Pâle copie, mais il paraît que je suis chauvine…

cof

J’entre à la mairie de Mandailles vers 16h15, et en ressors à 16h45, une heure avant la barrière. Le tracé initial est repris à partir de là.

Mandailles → Lascelle – 16km +750m/-900m – BH 21h45

Je grimpe donc au pic de Cabrespine (+500m/4km). La pente est relativement sèche mais je n’ai mal nulle part en montée. Je suis juste très lente – encore plus que d’habitude – puisque je mettrai près d’une heure et demie ! Je n’ai pourtant aucune envie de m’y attarder, le bise cinglante s’étant réveillée. Ma seule paire de gants, trempée depuis la mi-parcours, ne m’est d’aucune utilité et je préfère la retirer. Nous franchissons plusieurs sortes d’escaliers anti-passage de bestiaux sur les estives, s’apparentant pour moi à ce moment de la course à des obstacles inutilement dangereux, car glissants et raides.

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La descente de Cabrespine (-600m/5km) est un supplice pour mes genoux/mollets. J’essaie de m’étirer, rien n’y fait. J’ai froid, j’ai mal mais il me faut justement avancer pour lutter contre le froid. De toute façon je ne peux pas rester faire l’épouvantail ici. A partir de là, vers le 85è km, le fameux « mental » prend le relais sur mon enveloppe corporelle. Je ne me rappelle pas grand chose sinon de mon regard vissé sur mes pompes et d’une lutte acharnée entre deux pôles contraires dans ma tête : à gauche, l’absence de plaisir, la crainte de la blessure, à droite, la peur de regretter, la détermination et la fierté. Vers 20h, le soleil darde quelque-uns de ses timides rayons vers moi et me réchauffe le cœur et le moral. Je traverse le village de Saint-Cirgues-de-Jordanne où je suis applaudie et encouragée par des enfants.

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J’atteins le ravito de Lascelle peu avant 20h30. J’y reste une grosse demie-heure avant de repartir vers mon objectif : l’arrivée coûte que coûte.

Lascelle → Saint-Simon 13km +-/500m – BH 00h45 & St-Simon → Aurillac 7km+/-200m

Il reste ce fameux semi roulant que je redoutais tant avant la course, car je pensais être trop épuisée pour le courir. Je ne suis pas épuisée, et je ne suis pas particulièrement mâchée musculairement, mais cette vive douleur inflammatoire qui descend maintenant vers le mollet m’empêche de trottiner dès que la pente s’incline vers le bas. Je marche le plus activement possible au bord du lac des Graves où le soleil couchant miroite. Je chausse ma frontale en rentrant dans les bois. Je franchis en glissant dans la bouillasse un mur bref mais brutal, une épine sur le profil de course, derrière un couple que je suis depuis plusieurs dizaines de kilomètres. La fin du parcours n’est pas très intéressante entre piste, boue et route… et douleur. Je grimace à chaque marche descendante, malgré les bâtons me soutenant. J’ai même parfois les larmes qui montent aux yeux. La douleur ne me permet pas de gérer mon allure ou ma fatigue afin d’aller au bout. La douleur appelle simplement la douleur. Plus j’ai mal aux mollets, et aux pieds maintenant, mis à rude épreuve dans l’humidité tout au long de la journée, plus des contractures apparaissent, au dos, aux bras, à la nuque. Mon corps entier hurle. Je m’étais préparée mentalement à souffrir : douleurs diffuses, épuisement, lassitude… J’avais écrit plusieurs scénarios. Mais je ne pensais vraiment pas être terrassée par une douleur aussi vive, et aussi ciblée. Je suis d’autant plus frustrée par cette fin de course que le reste de mon corps réagit plutôt bien : je n’ai pas été malade, je n’ai jamais chuté, je ne somnole pas en marchant. A peine je crois voir quelques couleuvres déguisées en bouts de bois alors que je m’enfonce dans la nuit… Je vérifie régulièrement l’avancée du score de la finale du Top14. La victoire toulousaine me redonne la gnaque : les Midi-Pyrénéens vaincront en terre auvergnate, peu importe le sport ! « Si on m’avait dit que je passerais plus de 24h sur ces chemins, je ne serais pas venue… » lâché-je à un bénévole à St-Simon, en riant jaune, mais jamais si près du Graal. Les sept derniers kilomètres ne sont qu’une succession de pistes et de routes, accablantes. Dernière petite frayeur : un fourgon orange croisé trois fois en dix minutes, alors que je suis seule de chez seule. D’instinct, j’éteins ma frontale afin qu’il ne me repère plus. Probable paranoïa excessive – le mec étant peut-être en train de chercher un coureur pour l’encourager – mais la prudence étant mère de toutes les vertus… Moi qui pars les trois-quarts du temps seule en montagne… Je double un marcheur sur la route menant à Aurillac : je reconnais d’emblée son timbre de voix et sa dégaine caractéristique. Il s’agit d’un coureur déjà croisé en Andorre sur le banc d’attente pour le kiné. Il râlait alors à cause de l’instabilité de certaines dalles et souhaitait qu’on les scelle… Il m’interpelle en se plaignant de ne pas parvenir à marcher droit. Oui oui, comme à peu près tout le monde à cette heure-ci… Un « phéno’ » ! Je suis surprise par un autre traileur, plongé dans le noir total. Sa frontale l’a lâché. Je l’escorterai jusqu’au centre d’Aurillac, où nous errerons plusieurs minutes dans les rues, applaudis par quelques fêtards éthylisés, cherchant les flèches menant à l’arche d’arrivée… Je passe celle-ci en 25h42, soulagée, éreintée, fourbue, mais presque dépourvue d’émotion. J’explique au speaker qui m’interroge l’amertume qui m’étreint de passer cette ligne tant attendue en marchant, potentiellement blessée. En fait de blessure, je me retrouve avec de belles contractures en haut des deux mollets, symétriques, cédant quasi totalement après trois-quatre jours d’hydratation et d’étirements… Frustrant vous dis-je…

Scratch 513è/544 (784 partants) – 41è féminine/48 (69 partantes) – 14è SEF/16 (22 partantes)

btf

Que puis-je retenir de cette expérience ? Que si mon temps n’est pas celui dont on se vante, j’ai tout donné, je n’ai rien lâché. J’ai même fait preuve d’une certaine forme de courage compte-tenu des conditions météo et de terrain. Plus important, j’ai progressé sur différents points, notamment l’alimentation. Aucun coup de mou à déplorer. D’autre part, je suis contente d’avoir mené à bien ce projet seule, de bout en bout : choix de la course, location, transport, absence d’assistance hormis celle des bénévoles. J’ai commis de petites erreurs qui résonneront plus tard. Bien entendu, j’aurais aimé partager cette épopée, mais j’ai été énormément soutenue avant et pendant la course. J’avais beaucoup de personnes en tête. Mais cela fait partie de mon caractère : j’aime être seule et j’apprécie mon indépendance, même si elle peut heurter parfois mon entourage proche.

L’organisation Tom15 fut sans faille et les bénévoles aux petits soins. Je les remercie ici de leur soutien. Je ne regrette que la monotonie des pistes et des routes, trop nombreuses à mon goût, inodores et sans saveur. Il y a certainement mieux à faire, un parcours plus concis peut-être, sans chercher ces « satanés » 5 points UTMB, pour rester polie… Ou alors suis-je mal habituée dans les Pyrénées, où la plupart du temps nous sont offerts des parcours très diversifiés.

« Vous est-il arrivé de courir cent kilomètres en un seul jour ? La grande majorité des gens (de ceux qui ont conservé leur santé mentale, devrais-je plutôt dire) n’ont jamais connu ce type d’expérience. Aucun individu normal ne tenterait quelque chose d’aussi insensé. Moi, je l’ai fait une fois. […] Physiquement, la course était absolument épuisante, bien entendu, et pendant un certain temps j’ai pensé que je m’abstiendrais dorénavant de courir. […] Quoi qu’il en soit, lorsque à présent je repense à cette course, je me rends compte à quel point l’événement a compté pour moi en tant que coureur. J’ignore quelle en est la signification générale. Mais si on le considère comme un « acte très éloigné de l’ordinaire sans pour autant être contraire aux principes humains fondamentaux », sans doute peut-on s’attendre à ce qu’il vous apporte une conscience de vous-même bien particulière. Qu’il ajoute un certain nombre d’éléments nouveaux à l’observation méditative que vous vous portez. Avec comme résultat que la vue que vous avez de votre vie, de ses couleurs, de ses formes, s’en trouvera peut-être transformée. En plus ou en moins, en mieux ou en pire. Dans mon cas, c’est ce qui est arrivé, et j’en ai été transformé. »

Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond

P.S. : j’ai réussi à monter les marches de l’escalier !

P.S.2 : je finis d’écrire ces lignes alors que mon voisin écoute The eye of the tiger à balle

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Puechal dit :

    Bonjour

    Vous avez vu ma video de mon premier ultra l utpma, j ai lu votre tres beau recit.effectivement on etait dans les memes galeres, sous les memes pluies et coups de tonnerre…a quelques hectometres pres. Ce n etait pas l annee pour etre sublimé par ce magnifique site car il est magnifique .le passage du teton de venus et puy mary incontournables mais contournės ce jour etait une sage décision.Du coup pas de franchissement comme on peut en trouver dans les Pyrénées. Il faut y retourner pour le faire. J y fais mes wks blocs depuis 3 ans c est le lieu aussi d entrainement de l EDF . En mai on peut se retrouver sous la neige (voir video). Felicitations pour l avoir termine de plus sans assistances. On n aura pas pris de plaisir, juste la satisfaction de le plier.Car il y a ceux qui finissent peu importe le temps et ceux qui abandonnent.
    A bientôt sur un trail
    Bruno TCAP
    Ps 1: prochain gros trail templiers, j y retourne
    Ps2 : pour eviter les pieds frippes testez les chaussette s etanches,
    Ps2: remede conte les irritations tartinez de.nok pieds , bas du dos, et oû peut frotter le sac….

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    1. boutentrail dit :

      Bonjoour, je ne doute pas que le Cantal et le reste de la chaîne des puys soient magnifiques mais je maintiens la moindre variété du terrain et des paysages par rapport à ce qu’offrent les Pyrénées, où je m’entraîne (entre le 65 et le 09, je suis du sud du 31).
      Plus jamais les Templiers pour moi, à moins qu’ils retirent 1500 dossards de la vente au minimum ! 😏 J’ai un dossard pour un 110km en Espagne avec 400 partants je crois, pour moi c’est l’idéal. Je ne sais pas encore si je serai capable d’y aller.
      PS : je connais la Nok et la Tano quand même ! 😀

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